La Banque du Gothard a confirmé vendredi un recentrage de ses activités et la suppression de postes en Suisse. En clair, la banque, basée à Lugano, ferme ses bureaux de Caracas, de São Paulo, de Buenos Aires et de Hong Kong. Elle se sépare de son équipe zurichoise d'analystes financiers en charge du marché des actions suisses (40 emplois). Elle supprime enfin cinquante emplois au sein de son siège luganais. Habitué à plus de discrétion, l'établissement financier s'est vu contraint de revenir sur cette information révélée jeudi par le quotidien tessinois Giornale del Popolo.

La première mesure, matérialisée par les retraits des continents américain et asiatique, répond au «recentrage de nos forces sur l'Europe», commente Franco Rogantini, directeur du marketing au sein de la banque. Parallèlement à ces fermetures, l'établissement tessinois a en effet récemment inauguré son siège italien. «Il se trouve à Bergame en Lombardie (ndlr, nord de l'Italie) dans une des régions les plus riches du pays», explique Franco Rogantini. La banque prévoit conjointement l'ouverture prochaine d'une filiale à Milan.

Si plusieurs éléments justifient cette expansion italienne (importance économique de la région choisie, changement des marchés financiers), l'explication principale vient de l'amnistie fiscale proposée par le gouvernement Berlusconi (voir le Temps du 5 décembre 2001). Suite à cette loi, entrée en vigueur le 24 novembre, les Italiens peuvent rapatrier leur argent non déclaré, jusqu'à la fin de mars 2002, moyennant l'acquittement d'une pénalité modique (2,5% du capital). Une mesure qui pousse la société du groupe Swiss Re, au même titre que d'autres établissements helvétiques (UBS ou Credit Suisse), à s'établir directement dans la Botte. A noter que les activités italiennes se focaliseront sur le conseil à la clientèle et que la partie opérationnelle sera sous-traitée. En Europe toujours, la banque s'est implantée cette année en Autriche et en Grèce. Elle a par ailleurs ouvert un bureau à Taïwan. Une installation qui est paradoxale suite au recentrage décidé. «Au moment où nous avons fait le choix de nous installer à Taïwan, précise Franco Rogantini, la tendance des affaires était très différente d'aujourd'hui.» Pour l'heure, la banque maintient cette ultime représentation hors du continent.

Le Giornale del Popolo avançait par ailleurs dans ses pages que la banque privée prévoyait 150 licenciements au Tessin. Ce chiffre est corrigé par le directeur du marketing. «Aucune réduction drastique du personnel n'est envisagée, explique ce dernier. Nous prévoyons la suppression de cinquante emplois au Tessin. Déduction faite des retraites anticipées et des déplacements, les licenciements proprement dits toucheront une vingtaine de personnes.» Parmi les secteurs concernés par cette décision, Franco Rogantini relève le domaine administratif (back et middle office) en charge de la comptabilisation et du suivi des opérations de change et de trading. «La rationalisation due à l'informatique offre des possibilités de redimensionnement dans ces domaines», explique-t-il. Cette coupe représente le départ d'environ 5% des effectifs tessinois de la banque (1009 personnes à fin décembre). Pour justifier cette annonce, Franco Rogantini rappelle un environnement financier difficile, c'est-à-dire des marchés chahutés, une érosion des marges et une chute des commissions. A propos de la suppression de l'équipe d'analystes basée à Zurich, le porte-parole met également en avant le ralentissement des affaires. Il explique que sa banque envisage le recours à une collaboration externe. Aucune suppression n'est envisagée en Suisse romande (Lausanne et Genève), où la banque est aussi active.