Au terme d'une enquête de dix mois, l'autorité italienne garante de la concurrence du marché n'a pas hésité à employer la manière forte dans le secteur de l'assurance: la commission antitrust vient en effet de sanctionner 58 compagnies opérant sur le territoire italien dont quatre sociétés suisses (Winterthur, Zurich, Helvetia et Nationale) à payer une amende globale de 7000 milliards de lires, environ 5,5 milliards de francs. Motif: ces assurances se seraient mises d'accord pour fixer de manière concertée les primes automobiles. L'autorité dénonce en particulier des «échanges d'informations excessifs en ce qui concerne les stratégies et les tarifs». «Il s'agit d'une grave violation de la norme qui garantit la concurrence, est-il précisé, en raison de l'importance, des détails et de la fréquence des informations échangées mais aussi vu l'importance et le nombre d'entreprises impliquées qui représentent environ 80% du marché de l'assurance auto» italien.

Winterthur la plus lourdement sanctionnée

Après avoir déjà lourdement sanctionné il y a quelques semaines les compagnies pétrolières (par une amende de 488 milliards de lires), les garants du respect de la concurrence transalpins se sont donc attaqués aux grands groupes de l'assurance à commencer par Ras, Sai et Generali qui devront payer respectivement 75, 55 et 47 millions de francs. Les compagnies d'assurances suisses devront globalement payer environ 50 millions de francs soit près de 10% du total. Winterthur est la société helvétique la plus fortement sanctionnée devant, à elle seule, rembourser 33 millions de francs.

Selon les autorités italiennes, c'est depuis la libéralisation en 1994 des tarifs de l'assurance auto que les compagnies auraient commencé à s'entendre pour augmenter d'un commun accord les primes: «En cinq ans et demi, souligne le rapport de l'autorité italienne garante de la concurrence du marché, il y a eu, en substance, un doublement des primes moyennes payées par les assurés.» A Naples, les tarifs des primes automobiles sur cette période auraient bondi de 178% et de 118% à Milan. «Une progression aussi soutenue constitue une anomalie» en Europe, ont ajouté les responsables de l'antitrust. En trois ans, de 1996 à 1999, les primes automobiles italiennes ont ainsi augmenté de 36% de plus que la moyenne européenne. Et cela, en dépit d'un accord signé en 1992 avec les organisations de carrossiers. «Malgré un tel accord, les coûts, au lieu de diminuer, ont augmenté dans une mesure largement supérieure aux autres pays européens: +58% de 1992 à 1997 contre une moyenne européenne de 19%», a fait remarquer l'organisation de tutelle de la concurrence. Pour la commission antitrust italienne, sur la base de ces références européennes, «les consommateurs italiens auraient dû épargner pour la seule prime auto» pas moins de 7000 milliards de lires, soit plus de 5,5 milliards de francs.

En réponse, les associations de consommateurs transalpines ont immédiatement réclamé une baisse des primes de l'ordre de 20% tandis que les compagnies d'assurances s'emploient à repousser les accusations. «En Italie, il n'existe aucun cartel des assureurs», a fait savoir Alfonso Desiata, président de Generali et de l'Association nationale des compagnies d'assurances (Ania). «Les sanctions appliquées font uniquement référence à des échanges d'informations sur des données normalement disponibles et facilement accessibles à quiconque», a-t-il ajouté. Faisant remarquer qu'elles enregistrent chaque année des pertes sur le marché de l'assurance auto, les compagnies ont enfin annoncé qu'elles feront appel de la décision de l'antitrust auprès des tribunaux administratifs.