L’Italie fourbit ses armes. D’après le Financial Times, Rome s’apprête à poursuivre Standard & Poor’s pour son rôle dans l’aggravation de la crise de la zone euro. Dans le viseur: la dégradation de sa dette souveraine en 2011 et 2012.

Outre S&P, cinq employés de l’agence de notation, ainsi qu’un spécialiste des notes de crédit de Fitch, sont accusés d’avoir infligé des dommages injustifiés à la troisième économie européenne. Certains d’entre eux ont cependant changé d’employeurs depuis les faits.

A Trani, dans le sud de l’Italie, un tribunal devra se pencher sur une affaire, qui devrait valoir 200 milliards d’euros de dommages et intérêts selon un haut fonctionnaire italien, une estimation qui a été jugée particulièrement élevée par nombre d’observateurs. Pour Fabrizio Quirighetti, responsables des investissements de la banque Syz & Co, il sera très difficile d’évaluer l’effet de ces deux dégradations de la dette, même si la démarche est jugée légitime. «Les Italiens ne peuvent pas espérer grand-chose. D’autres pays ou sociétés pourraient dire la même chose et ce serait une histoire sans fin», considère l’économiste. L’impact aurait été beaucoup plus radical si l’agence de notation avait fait perdre à l’Italie son statut d'«investissement» pour le considérer comme de la dette pourrie. Or Rome se trouve juste à un cran au dessus. «Cela aurait provoqué des ventes forcées massives par les banques et des investisseurs auraient dû s’en défaire, car ils doivent détenir de la dette sûre» poursuit Fabrizio Quirighetti. Au plus fort de la crise, Rome a vu les rendements de ses emprunts atteindre des niveaux records à plus de 7% pour les échéances à 10 ans.

Les deux agences ont balayé les accusations. L’Italie n’est pas la seule à en vouloir à S&P et aux autres agences de notation. Plusieurs procédures sont en cours dans plusieurs pays. La société a dû débourser cette année 1,4 milliard de dollars suite à un accord avec le Département américain du Trésor pour avoir estampillé certains produits subprime de son label triple A, c’est-à-dire, extrêmement sûr, avant que la crise financière ne leur donne un autre visage. A l’époque, rappelle le FT, un employé avait plaisanté sur la qualité de ces produits structurés, estimant que même s’ils avaient été «structurés par des vaches", ils auraient obtenu la note AAA.

Pourtant, cette démarche peut avoir un effet positif: «L’avantage de ce procès c’est que cela va contraindre les agences de notation à se montrer encore plus transparentes. Pour éviter l’effet de surprise qui secoue les marchés, elles pourraient avoir des systèmes où les investisseurs voient l’évolution et pas seulement le résultat final», considère le responsable des investissements de la banque genevoise.

La dernière dégradation de la note italienne date de décembre 2014. Rome a ainsi atteint le même niveau que le Kazakstan, à BBB-. Soit le dernier cran avant d’être considérée comme de la dette pourrie.