Dernier coup de fil pour la téléphonie italienne. Après des mois de bataille politico-industrielle, l'actionnaire de référence du principal opérateur de la Péninsule, Marco Tronchetti Provera, a en effet annoncé dimanche soir son intention de céder la majorité de ses parts à l'américain ATT allié au groupe mexicain America Movil, provoquant un énorme émoi dans la classe politique locale.

«Préoccupation grandissime»

«Notre préoccupation est grandissime», a immédiatement commenté le ministre (centre gauche) des Communications, Paolo Gentiloni. Car, après l'acquisition d'Omnitel par l'allemand Vodafone, le passage de H3G aux Chinois de Hutchinson Wampoa, de Wind à l'Egyptien Sawiris et l'offre de Swisscom sur Fastweb, l'italianité du secteur des télécommunications risque à terme de se résoudre au seul «pronto» des conversations téléphoniques.

Après des mois de tractations et de rebondissements, Marco Tronchetti Provera, qui est également patron de Pirelli, a pris de vitesse le gouvernement et les banques chargées de trouver un repreneur italien en abattant la carte ATT et America Movil.

Concrètement, ces deux groupes ont indiqué qu'ils étaient disposés à prendre chacun un tiers d'Olimpia, la holding de référence de Telecom Italia qui contrôle 18% du capital. Le patron de Pirelli entend ainsi se débarrasser d'un groupe endetté à hauteur de 40 milliards d'euros après avoir été bloqué, à l'automne dernier, dans sa tentative de restructuration de l'ancien monopole public, qu'il a racheté en 2001.

Il y a quelques mois, Marco Tronchetti Provera avait envisagé de séparer les activités de téléphonie fixe (Telecom Italia) et mobile (Tim) pour céder cette dernière et sortir du bourbier financier. Alors que l'ombre de l'Australien Murdoch planait sur Tim, le président du Conseil, Romano Prodi, était intervenu pour s'étonner publiquement de ne «pas avoir été informé» du projet tandis que l'un de ses plus proches conseillers, Angelo Rovati, proposait officieusement à Tronchetti Provera de faire passer les activités de téléphonie mobile sous la coupe publique à travers la Caisse des dépôts et consignations.

La révélation de ce «plan secret», les accusations de mensonges réciproques et les polémiques qui s'ensuivirent avaient finalement poussé Marco Tronchetti Provera à démissionner de la présidence de Telecom Italia, tandis que des instituts financiers italiens étaient chargés de trouver une solution locale ou européenne. Mais le patron de Pirelli souhaitait tout de même fixer le prix de sa sortie, à savoir plus de 2,7 euros par action d'Olimpia.

Un mois et demi pour réagir

Faute d'obtenir satisfaction, décidé à accélérer les choses, Marco Tronchetti Provera, après avoir sondé en vain l'espagnol Telefonica, s'est tourné vers ATT et Americo Movil, contrôlé par l'homme d'affaires d'origine libanaise Carlos Slim Helu (troisième fortune du monde, selon Forbes), qui lorgne depuis des mois la filiale brésilienne de Tim. Les Américains et les Mexicains seraient prêts à débourser 4,8 milliards d'euros pour le paquet de 66% d'Olimpia, soit une valeur de 2,82 euros par action.

Les instituts italiens disposent désormais d'un mois et demi pour éventuellement trouver un autre repreneur et contrecarrer l'offensive américano-mexicaine. En attendant, c'est le branle-bas de combat dans la classe politique transalpine. «Déconcertante» pour le ministre (démocrate de gauche) du Développement économique, Pierluigi Bersani, l'opération constitue une «atteinte à la souveraineté nationale», selon le président de la Chambre des députés, Fausto Bertinotti.

«Le gouvernement doit intervenir pour décourager la vente de Telecom à des groupes étrangers», s'enflamme le secrétaire des communistes italiens, Oliviero Diliberto, alors que, dans le même temps, Aeroflot se déclarait intéressé à la reprise de la compagnie nationale aérienne Alitalia.

Tandis que les syndicats s'inquiètent, d'autres membres de la majorité, comme la plupart des dirigeants de l'opposition, estiment au contraire qu'il faut laisser jouer le marché. Hier, la Bourse de Milan a salué l'initiative. Embarrassé, le porte-parole de Romano Prodi a simplement indiqué hier soir: «Les décisions des conseils d'administration sont sacrées.»