Plus de deux cent cinquante militaires mobilisés, vingt-deux villes concernées, septante-six établissements visés. C’est une véritable opération «coup de poing» que la brigade financière italienne a menée hier à l’encontre de filiales des banques helvétiques basées dans la péninsule.

Dans le détail, les agents du fisc ont «contrôlé 76 agences de banques suisses, d’établissements bancaires liés à des intermédiaires suisses ou situés près de Saint-Marin», ont indiqué dans un communiqué les autorités transalpines qui, depuis quelques semaines sont parties à l’assaut des capitaux placés illégalement à l’étranger.

Les caisses de l’Etat sont vides

«Après le radar fiscal (ndlr: placé à la frontière suisse pour surveiller les mouvements des voitures italiennes), les contrôles dans les filiales des banques suisses sont une étape logique», estimait-on hier au commandement de la brigade financière. «Il est clair depuis l’été dernier et les nouvelles mesures de lutte contre l’évasion fiscale que Rome cherche à faire rentrer de l’argent dans les caisses du budget, lesquelles sont en très mauvais état», commente un fonctionnaire à Berne qui, à demi-mot, laisse entendre que toutes ces opérations sont des manœuvres d’intimidation.

Hier, la brigade financière a toutefois frappé très fort. La filiale d’UBS à Milan a été l’objet d’une visite. De même qu’une agence de Credit Suisse. Officiellement, dans les 76 agences, la police financière effectuait un contrôle pour s’assurer que les établissements respectent «les obligations de communication» des opérations bancaires effectuées par leurs clients. «On ne fait pas des contrôles de cette dimension tous les jours», reconnaissait en fin de journée un porte-parole de la brigade financière qui se refusait toutefois à indiquer si des infractions avaient été constatées.

Une amnistie peu pénalisante

Alors qu’une amnistie sur les biens placés à l’étranger est entrée en vigueur à la mi-septembre, le gouvernement de Silvio Berlusconi multiplie ainsi les pressions pour que les citoyens italiens concernés recourent à cette possibilité. Moyennant le paiement d’une amende équivalente à 5% de la somme totale, les contribuables indélicats peuvent légaliser leur situation.

Le Ministère des finances espère ainsi récupérer 5 milliards d’euros (7,5 milliards de francs). C’est pour s’assurer cette manne éventuelle que le gouvernement adopte en parallèle des initiatives drastiques pour dissuader les contribuables de laisser leur argent à l’étranger notamment dans les banques suisses. Du côté de Berne, pour l’heure, on cherche à calmer le jeu.

D’autres contrôles en vue

Hier matin encore, le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz accordait un entretien au grand quotidien économique Il Sole 24 Ore (voir ci-dessous). Las, quelques heures plus tard, les officiers de la brigade financière frappaient à la porte des agences suisses en Italie pour, disaient-ils, s’intéresser «à un premier échantillon de sujets particulièrement à risque».

Au terme de l’opération qui s’est déroulée mardi, le fisc italien a par ailleurs annoncé que de nouveaux contrôles se tiendront prochainement.