La Nouvelle Economie n'est plus un eldorado. Mercredi, le site d'ameublement Living.com basé à Austin (Texas) a mis la clé sous la porte. Du coup, ce sont 275 salariés qui ont été licenciés. La faillite de ce site ne fait qu'allonger la liste des sociétés du secteur du commerce électronique aux Etats-Unis qui ont fermé boutique.

«Malgré les efforts considérables de nos employés et la loyauté de nos clients, le récent retournement des marchés financiers a considérablement diminué notre aptitude à lever les capitaux nécessaires pour arriver à l'équilibre», a déclaré le patron, Shaun Holliday, dans un communiqué. «Après avoir épuisé toutes les alternatives possibles, nous n'avons pas d'autre issue que de déposer notre bilan», a-t-il ajouté.

Prise de risque

Shaun Holliday doit être plutôt amer. A 41 ans, il a abandonné son poste de directeur de la brasserie Guinness qui fait partie du conglomérat britannique Diageo et a sacrifié sa carrière dans le groupe pour une aventure dans une start-up américaine. Sa rencontre sur les pentes enneigées du Colorado avec Andrew Busey, 28 ans et cofondateur de Living.com, a été décisive. Convaincu que ses compétences de manager pouvaient suffire pour relever les comptes de cette société de la Nouvelle Economie qui employait en mars de l'année passée 12 personnes, Shaun Holliday a quitté en septembre 1999 son Irlande natale pour l'intérieur du Texas. «J'aurais pu continuer tranquillement mon ascension au Royaume-Uni, mais j'ai préféré prendre un risque» avait-il avoué au magazine Fast Company dans son édition de juillet. «Je suis sûr que je ne regretterai pas de faire partie de ses pionniers qui ont participé à la conquête d'Internet» avait-il ajouté. Le risque ne s'est pas révélé payant et l'aventure a pris fin onze mois plus tard.

Le filet d'Amazon.com

La chute du site texan n'a pas affecté, dans un jeu de domino, les autres sociétés du secteur. D'après Patty Smith, la porte-parole d'Amazon.com, la faillite de Living.com «n'aura pas de conséquences matérielles pour Amazon». Voyant que le chiffre d'affaires du site de meubles évoluait en dessous des attentes et que le financement était de plus en plus difficile, Amazon.com avait provisionné ses investissements pendant les deux derniers trimestres. Le géant américain du commerce en ligne qui possédait 18% de Living.com et qui escomptait des entrées de revenus de 145 millions de dollars sur cinq ans a aussitôt retiré la référence au magasin de meubles de son site.

Selon Henry Blodget, l'analyste responsable des valeurs Internet auprès de Merrill Lynch cité par le New York Times, Amazon. com n'avait augmenté son chiffre d'affaires que d'un million de dollars durant le premier semestre de cette année. Mais ce n'est pas la seule entreprise touchée. La chaîne de coffee-shops Starbucks, qui possédait aussi une participation dans Living. com, a vu son cours chuter de plus de 5% une fois la nouvelle connue. Mais le titre a repris de la valeur juste avant la clôture.

En quelques semaines, la Nouvelle Economie a été ébranlée par la faillite de nombreux sites. Toysmart, soutenu par le groupe Disney, et Petstore.com, société spécialisée dans les aliments pour chien, sont les plus connus. De Living.com, il ne reste aujourd'hui plus qu'une page Internet mentionnant avec regrets que le site a été fermé «pour des raisons qui ont dépassé la volonté de Living. com.»