Financer le développement par la mobilisation des ressources localesJean-Michel Servet, coordinateur du dossierAnnuaire suisse de politique de développement, vol. 26, n°2, 2007260 pages, 30 francsA priori tout va bien. Le continent africain, y compris subsaharien, prend son envol économique avec un taux de croissance supérieur à 5% depuis 2004. L'aide publique au développement (ADP), qui a doublé entre l'an 2000 et 2006, porterait donc ses fruits.

La réalité n'est cependant pas si rose. En juillet, l'ONU estimait que la pauvreté reculait partout, sauf en Afrique. Dans l'ouvrage collectif publié à Genève la semaine dernière par l'Institut universitaire d'études du développement (désormais marié à l'Institut de hautes études internationales pour former l'IHEID), Bruno Gurtner apporte un élément d'explication: les transferts financiers nets sont en réalité négatifs dans les pays en développement. En clair, «le Sud finance le Nord», écrit-il. Un phénomène auquel n'échappe pas l'Afrique subsaharienne.

L'économiste, qui a retravaillé les statistiques de la Banque mondiale ou du Fonds monétaire international, explique cette «fuite de capitaux» par le manque de possibilités d'investissement, les transferts au sein des multinationales et encore par les sorties d'argent provenant de la corruption. Dans ces conditions, «il ne serait guère utile d'accroître l'ADP si l'on ne fait rien pour inverser ce flux financier».

Les limites du microcrédit

Parmi les 15 contributions d'un ouvrage qui revendique une vision opposée au «néolibéralisme», on peut encore relever celle sur les effets mitigés de la microfinance sur la lutte contre la pauvreté. Solène Morvant-Roux et alii constatent dans plusieurs pays, comme l'Inde, le Bénin ou la Bolivie un impact «limité» sur la création d'emplois. Par ailleurs, l'offre de microcrédit vise paradoxalement davantage les zones urbaines que les régions rurales, plus pauvres. En revanche, il ressort de leurs enquêtes de terrain un effet positif «inattendu». Le microcrédit stabilise les revenus des ménages.