Economie

Le livre de la semaine. Ressorts culturels

Philippe d'Iribarne, ingénieur et économiste de formation, a tôt porté

Philippe d'Iribarne, ingénieur et économiste de formation, a tôt porté son attention sur la vieille question des différences de développement. Etudiant ainsi le fonctionnement concret de l'appareil de production à travers des analyses comparatives, il a été amené à s'intéresser aux questions de gestion. Ses travaux portent sur les racines sociales et culturelles des conduites et des institutions économiques. Définition de la culture: manière partagée de donner sens aux situations – ce qui n'implique pas que ce cadre commun détermine le comportement, précise l'auteur. Postulat: la culture politique influe sur les modes d'organisation. Thèse: malgré la mondialisation, les différences persistent, l'internationalisation ne les faisant en rien disparaître. Dans La logique de l'honneur (Seuil, 1989), Philippe d'Iribarne comparait trois modalités de gestion selon des contextes nationaux différents: Etats-Unis, France et Pays-Bas. D'une part il y montrait que les principes de gestion américains, loin d'être le fruit de la raison universelle, sont en fait ancrés dans un contexte particulier. D'autre part il mettait en évidence les différences en matière de conception de l'autorité, de pouvoir hiérarchique, de pouvoir professionnel, de relation entre pairs, etc., d'autant plus frappantes qu'étaient comparés trois pays développés se situant dans une tradition politique relativement proche.

Dans son nouveau livre, Culture et mondialisation, l'auteur poursuit et précise sa réflexion sur les effets de cultures particulières sur les modes de gestion. L'ouvrage comporte pour moitié une partie théorique, réflexive, et pour moitié des études de cas réalisés par des chercheurs de son équipe. Neuf cas passionnants, divisés en trois groupes: la modernisation de la gestion – Québec, Belgique, France –; les cultures face à face – rencontre franco-suédoise, expérience française en Slovénie, malentendus franco-suisses –; une gestion innovante pour le tiers monde – une démarche participative en Mauritanie, effets d'illusion au Cameroun, une entreprise «excellente» au Maroc. «Si la culture concerne tellement la vie des entreprises, c'est au premier chef parce qu'elle affecte la manière de gouverner des hommes», écrit d'Iribarne. Tirés des enseignements de l'expérience, les travaux de cet auteur incitent, devant les cas de résistances à la mise en place de procédures de management, à comprendre concrètement les ressorts culturels qui sont à l'œuvre.

* Philippe d'Iribarne et al.: Cultures et mondialisation: Gérer par-delà les frontières,

Seuil, 1998, 355 pages.

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