Qui n'a pas en mémoire les cours où un professeur distille des mots auxquels tente de s'accrocher l'auditoire menacé d'ennui? Et ceux où l'attention est immédiatement captée par un physique, une gestuelle, des mots justes et bien dits: bref, par une présence? C'est autour de cette présence qu'Edmée Runtz-Christian, lectrice en didactique à l'Université de Fribourg, développe sa réflexion: comment repenser la pédagogie en comparant celle-ci au travail de l'acteur. Pour l'auteur, qui a collaboré à l'Institut de recherche et documentation pédagogique de Neuchâtel, on peut enrichir les méthodes traditionnelles d'enseignement grâce à l'apport de techniques et d'attitudes empruntées au théâtre. Il faut aussi garder à l'esprit que la pédagogie, si elle relève des sciences de l'éducation, est d'abord un art.

L'analyse, bien que souvent très scientifique, se fonde sur un principe qu'elle appelle la «théâtralité de l'enseignement». Car, explique-t-elle, «s'ils sont fort bien entraînés à dispenser des cours didactiquement irréprochables, les enseignants ne parviennent pas toujours à «savoir être» devant leurs élèves.» En fait, cherche-t-elle à nous dire, le succès d'un bon apprentissage ne relève pas du miracle. Il est d'abord le fruit d'une attitude, mentale et physique, le savoir-être. Un savoir-être qui n'a pas de seconde chance, parce que ce sont les premières minutes qui vont canaliser l'attention de l'auditoire. La pédagogie, écrit-elle, est le seul art – avec le théâtre – «où l'on ne se présente qu'une seule fois». D'où cette indispensable «théâtralité» qui passe par le divertissement, mais donne surtout «à voir et à entendre le savoir». De son côté, s'il réjouit et divertit, le théâtre n'a-t-il pas aussi pour objectif d'instruire? En somme, théâtre et pédagogie partagent cette même mission de faire vivre, d'incarner le savoir.

Pourquoi comparer une classe à une scène de théâtre? Parce que ce sont deux espaces où la culture est mise en scène, explique Edmée Runtz-Christian. Et parce qu'on y trouve en commun la triade «sujet-objet-agent». Et pourquoi comparer le prof au comédien? Parce qu'ils sont notamment menacés des mêmes dangers: routine, lassitude, etc. Mais là on pourrait répondre à Edmée Runtz-Christian qu'ils ne sont pas les seuls. Enfin, si beaucoup de choses les rassemblent, enseignants et comédiens se distinguent par un enjeu de taille. S'il est mauvais, un comédien est remis en question, peut-être même laissé sur la touche. En classe, si l'enseignement ne décolle pas, c'est l'élève qui reste sur la touche.

Enseignant et comédien, un même métier?, Edmée Runtz-Christian, coll. Pédagogies, 2001, ESF Editeur.