Brexit/Bremain

La livre sterling est entrée dans une période de tous les dangers

En attentant le référendum du 23 juin, la monnaie britannique évolue au gré des sondages. Elle a fait un plongeon mercredi suite des résultats favorables à la sortie du Royaume-Uni de l’UE

La monnaie britannique traverse une phase de forte volatilité. «Alors que, la campagne pour le Brexit/Bremain entame la ligne droite au Royaume-Uni, sa nervosité inquiète nos clients», explique d’emblée Christopher Dembik, économiste en chef de la Banque Saxo à Paris. «On les conseille de réduire leur exposition à la livre sterling, mais nous disons aussi que rien ne justifie une grande panique.» Il rappelle que le référendum sur l’indépendance écossaise en septembre 2014 représentait plus de risques.

Depuis le début de l’année, la livre sterling s’est déjà dépréciée de 8%. Elle évolue au gré des résultats des sondages sur le référendum. Ces toutes dernières semaines, le camp du maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne (UE) était donné gagnant, ce qui a fait stabiliser, voir raffermir la monnaie anglaise par rapport aux principales devises. La semaine dernière, elle avait même atteint son niveau le plus haut depuis trois mois.

En revanche, mercredi dernier, elle a marqué un repli lorsque le quotidien londonien The Guardian a fait état d’un revirement. «Le résultat inattendu du camp pro-Brexit a ravivé les inquiétudes sur l’impact d’une sortie du Royaume-Uni aurait sur l’économie britannique», a expliqué un analyste cité par l’AFP. Le coût de la couverture contre le risque d’une forte baisse du taux de change sur le mois à venir a atteint le plus haut niveau depuis sept ans.

Quelques jours plus tôt, Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international (FMI), avait prévenu qu’en cas de Brexit, la livre perdrait 20% de sa valeur contre le dollar. Les résultats d’une enquête réalisée par l’agence Reuters auprès des stratégies pour les changes et publiés jeudi estiment la chute à 9%. En revanche, un vote pour le Bremain la ferait remonter de 4%.

«En tant qu’actif financier britannique le plus liquide, la livre continue, compte tenu de l’incertitude sur le résultat du vote, d’afficher un risque baissier, écrit la banque Lombard Odier dans son bulletin de stratégie d’investissement du mois dernier. Nous pensons qu’un climat de volatilité prévaudra jusqu’à la date du référendum, l’évolution de la livre étant largement tributaire des enquêtes d’opinion.» Selon la banque genevoise, si le scénario du Brexit se confirme, le référendum sera suivi d’une période de dépréciation, surtout face à des valeurs refuge comme le billet vert et le franc suisse.

Après le repli de mercredi, la livre a repris quelques couleurs le lendemain. Mais elle est repartie à la baisse vendredi, cette fois-ci à cause de la création d’emplois aux Etats-Unis moindre que prévu. A la clôture des marchés, elle s’échangeait à 1,4199 franc et à 1,4522 dollar. Christopher Dembik minimise les fluctuations quotidiennes et affirme qu’en cas de volatilité excessive, les banques centrales disposent assez munitions pour acheter la livre et stabiliser le taux de change. «Elles peuvent même mener une action concertée pour éviter toute panique», dit-il.

L’économiste de la Banque Saxo fait encore remarquer que la Banque centrale européenne a déjà pris les devants en annonçant le démarrage de son programme Long Term Refinancing Operation (crédits aux banques à des taux d’intérêt proches de zéro) à la veille du référendum britannique. Christopher Dembik souligne aussi que jusqu’à présent, il n’y a pas eu d’attaque spéculative de la part des fonds d’investissement sur la livre. «Ce serait surprenant qu’ils s’y mettent maintenant, dit-il. Ils n’ignorent pas que les banques centrales sont prêtes à réagir.»

Publicité