L’on sait quand et comment, mais pas exactement combien. Pour éviter que le franc ne s’envole, porté par les investisseurs en quête de valeurs refuges, la Banque nationale suisse (BNS) s’active sur le marché des changes, depuis la nuit de jeudi à vendredi.

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Pour l’instant, difficile de connaître l’ampleur de ses interventions – elle aurait vendu plusieurs milliards de francs, durant la seule journée de vendredi.

Une certitude, toutefois: les achats de francs sont accentués par le fait que les vendeurs d’euros n’achètent logiquement plus de livres sterling. Jusqu’à il y a peu, elle était l’une des alternatives au franc suisse, à l’or, au yen ou au dollar. Elle ne l’est plus. La monnaie britannique a encore chuté de 2% face au dollar et lundi.

economiesuisse met la pression

Jusqu’où la BNS peut-elle tenir? Tant que la Banque centrale européenne ne le fait pas, personne n’imagine qu’elle décide d’abaisser ses taux, déjà négatifs, pour repousser les acheteurs de francs. Pour l’heure, elle devrait se limiter aux marchés des changes.

Techniquement parlant, puisqu’elle a le pouvoir de créer elle-même de la monnaie, ses pouvoirs sont illimités. Politiquement parlant, en revanche, l’explosion de la taille de son bilan fait grincer quelques dents, en raison des risques que concentrent ces réserves de changes – 602 milliards de francs.

Le nouveau plancher, implicite, de 1,10 franc pour un euro a été plus ou moins officialisé par economiesuisse. Le président de l’association faîtière des entreprises suisses, Heinz Karrer, a déclaré dans la presse dominicale attendre de la BNS «qu’elle utilise tous les moyens afin de limiter l’appréciation du franc à un cours de l’ordre de 1,08 à 1,10 franc pour 1 euro».

Ces attentes ne sont pas partagées par tout le monde. «La stratégie de la BNS est devenue trop prévisible», s’alarme un économiste genevois pour qui la systématique de la banque centrale attire encore plus les investisseurs vers le franc suisse. La BNS aurait transformé notre monnaie en la valeur la plus sûre qui soit.

Des Suisses «assis sur une poudrière»

Pour illustrer son propos, il compare le franc à une autre valeur faisant office d’assurance: l’or, qui protège aussi contre les risques de marché. Mais si l’adversité et la nervosité baissent, que l’euro ne connaît pas une nouvelle crise existentielle alimentée par d’autres velléités de sortie de l’UE, le métal jaune peut faire perdre 10 ou 15% de sa valeur à un investisseur.

Tout l’inverse du détenteur de francs: si la BNS résiste à la pression, ce dernier perdra quelques pourcents de sa mise – la BNS aura réussi à faire un peu baisser le franc. Par contre, si cette dernière abandonne sa lutte, que le franc s’envole, l’investisseur peut encaisser des dizaines de pourcents de bénéfices. Une asymétrie qui séduit de plus en plus, selon notre interlocuteur.

La BNS peut-elle vraiment craquer? «Pourquoi faudrait-il exclure cette idée, répond-il. Elle a déjà abandonné une fois, le 15 janvier 2015, ne l’oublions pas». Et de conclure par un avertissement: «Un grand nombre de Suisses investis en euro ne se rendent pas compte de ce risque. Ils sont potentiellement assis sur une poudrière».