La chronique des changes

La livre sterling à la merci des spéculateurs

Le 23 juin dernier, les citoyens du Royaume-Uni se prononçaient sur leur appartenance à l’Union européenne

Il y a 4 mois, contre toute attente, les Britanniques ont décidé de faire le grand saut et ont pris la porte de sortie. Les marchés financiers s’étaient alors ajustés brutalement, avec comme principale victime la livre sterling, qui décrochait de presque 15% contre le billet vert à 1,28, son plus bas niveau depuis 1985.

Les semaines qui ont suivi ont été marquées par une incertitude ambiante, alors que les spéculations sur les termes du futur accord commercial avec l’Union européenne allaient bon train et que le nouveau gouvernement prenait ses fonctions. Pour l’heure, Theresa May, le successeur de David Cameron au poste de premier ministre, n’a toujours pas déclenché l’article 50 du Traité sur l’Union européenne, article qui prévoit un mécanisme de retrait de l’UE d’un pays membre.

La Première ministre a cependant déclaré début octobre que le gouvernement entamera la procédure de sortie avant la fin du mois de mars 2017. Il n’en fallait pas plus pour raviver les spéculations quant à un «hard Brexit» (comprendre ici, un divorce brutal entre l’UE et le Royaume-Uni), qui ont poussé la livre sterling à de nouveaux plus bas historiques, atteignant 1,19 durant la journée du 7 octobre.

Succession de bonnes nouvelles

Après une fin d’été chaotique, la question est maintenant de savoir jusqu’où la livre peut encore descendre et surtout si les inquiétudes des marchés sont excessives. Au cours des derniers mois, l’économie britannique a défié tous les pronostics, surprenant même les investisseurs les plus optimistes. Du point de vue des chiffres économiques, la situation dans son ensemble est plutôt encourageante. La croissance de l’économie a atteint 0,5% au troisième trimestre, alors que les économistes tablaient sur une croissance de 0,3%. Au cours des douze derniers mois, la croissance a atteint 2,3%, également au-dessus des attentes (+2,1%).

Le secteur des services, qui compte pour environ 80% de l’économie, a permis à lui seul de maintenir la croissance dans les chiffres noirs, alors que tous les autres pans de l’économie subissaient une contraction. Les ventes au détail sont, elles aussi, restées solides en septembre (+4% sur les douze derniers mois, contre 6,2% un mois plutôt).

Cette succession de bonnes nouvelles a l’avantage d’apporter une bouffée d’air frais à la Banque d’Angleterre (BoE). En effet, l’institution monétaire a déjà assoupli sa politique monétaire au début du mois d’août, en abaissant son principal taux directeur à 0,25% et en augmentant son programme d’assouplissement quantitatif. Sa marge de manœuvre est actuellement réduite puisqu’elle semble réticente à faire passer les taux d’intérêt en territoire négatif et qu’elle peine à compléter ses objectifs d’achat d’actifs mensuels. En effet, les obligations éligibles pour le programme d’achat d’actifs se font de plus en plus rares, alors que les actuels détenteurs sont réticents à abandonner des rendements positifs dans un environnement à faible taux de rendement.

Il y a donc fort à parier que le comité de politique monétaire, qui tiendra sa réunion mensuelle jeudi prochain, opte pour le statu quo, préférant garder des munitions pour le moment tant redouté où les effets négatifs du Brexit frapperont l’économie. Car pour l’instant, mis à part des spéculateurs hyperactifs, les conséquences néfastes du Brexit se font toujours attendre. C’est pourquoi, nous pensons que la Banque d’Angleterre devrait attendre au minimum le mois de février de l’année prochaine avant d’abaisser à nouveau son taux directeur.

Au plus bas

Finalement, du côté du marché des changes, nous estimons que la livre sterling a maintenant atteint ses plus bas et que les risques à la baisse sont maintenant limités. En effet, après avoir atteint un record au début du mois d’octobre, les positions spéculatives à la baisse sur la livre ont diminué continuellement depuis, alors que les investisseurs clôturaient leurs positions courtes, préférant encaisser leurs profits. De plus, le marché a terminé de s’ajuster en prévision d’une hausse des taux aux Etats-Unis, ce qui devrait limiter les pressions haussières sur le dollar au cours des prochains mois.

Le Royaume-Uni devrait souffrir du Brexit, cependant les termes du nouvel accord sont encore loin d’être connu. Nous ne sommes donc pas à l’abri d’un retournement de situation, surtout que Theresa May semble prêt ouvrer pour que le Royaume-Uni garder une place majeure au sein de l’échiquier européen.

*Analyste marché, Swissquote

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