Devises

La livre sterling plombée par le «pire des scénarios»

L’affaiblissement du parti conservateur ouvre une période de volatilité qui devrait ralentir les entreprises britanniques. Les analystes doutent qu’une livre faible les aide à contrebalancer les effets de l’incertitude politique

La livre sterling a chuté brutalement, au lendemain des élections britanniques qui ont signifié la perte de la majorité parlementaire conservatrice de la première ministre Theresa May. A 11 jours du début des négociations sur le Brexit, c’est donc une leader tory politiquement affaiblie qui rencontrera ses homologues européens pour tenter de leur arracher des concessions sur l’accès au marché unique.

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A 8h à Londres (9h en Suisse), la livre décrochait face au dollar de 2,16%, à 1,27, après avoir fluctué pendant toute la nuit sur les marchés asiatiques. Ce matin, une majorité d’analystes soulignaient que la perspective d’un parlement divisé, sans majorité claire, représentait le «pire des scénarios» pour les marchés. L’incertitude devrait continuer à plomber la livre qui pourrait s’échanger à un minimum de 1,20 dollar, estime John Gorma, spécialiste du marché des changes chez Nomura Securities.

La livre faible ne suffira pas

Face à l’euro, la livre a même atteint, en milieu de matinée, son plus bas niveau depuis sept mois: 1,13, soit une chute de 2,2% par rapport à sa situation hier soir avant la fermeture des bureaux de vote.

Du côté d’UBS, on estime pourtant que le marché avait déjà «pricé» (encaissé) les risques liés à un éventuel «hard Brexit» qui laisserait le Royaume-Uni sans accords commerciaux avec l’Union européenne. La banque souligne également le contraste entre la Grande-Bretagne et le continent, où les marchés ont repris des couleurs. «La hausse de l’instabilité politique contrera probablement les éventuels bénéfices d’une livre sterling relativement plus faible, estime Mark Haefele, directeur des investissements chez UBS. Nous anticipons un ralentissement des revenus des compagnies britanniques par rapport à celles de la zone euro.» Autrement dit, la faiblesse de la livre sterling ne devrait plus être suffisante pour contrer le flou ambiant, comme cela a été le cas depuis le choix du Brexit il y a douze mois.

Contre l’austérité

D’autres voient dans le résultat du leader travailliste James Corbyn, et de son programme politique ancré à gauche qui lui a fait gagner une trentaine de sièges, un changement de cap pour la politique britannique. Ainsi, pour Michael O’Sullivan, directeur des investissements au sein de la division internationale de gestion de fortune de Credit Suisse: «Le vent est peut-être en train de tourner sur des questions comme la taxation sur les entreprises, le pouvoir des grands groupes et le besoin d’atténuer les inégalités. Fiscalement, ces élections reflètent aussi l’envie d’en finir avec les politiques d’austérité.»

En fin de matinée, la livre affichait un repli de 1,24% par rapport au franc suisse, à 1,24. Le SMI (qui regroupe les valeurs de références de la bourse suisse) enregistrait, comme la plupart des indices européens, une hausse de 0,22% à 8831,45.

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