Les discussions concernant la mise en œuvre du Brexit et l’entrée en fonction imminente de Donald Trump provoquent des remous sur les marchés des devises. Le discours prononcé mardi par Theresa May, qui a plaidé en faveur d’une sortie «claire et nette» du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE), a – contre toutes attentes – entraîné un net rebond de la livre britannique vis-à-vis du dollar et de l’euro. Mardi soir, la livre britannique s’échangeait à plus de 1,24 dollar, après être tombée à moins de 1,20 lundi, son plus bas niveau depuis octobre. Mercredi en fin de journée, la livre s’échangeait à un peu plus de 1,23 dollar.

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Malgré l’option d’un Brexit dur prise par la première ministre britannique, les intervenants sur les marchés semblaient néanmoins rassurés par la promesse qu’il y ait un vote parlementaire sur l’accord final de sortie de l’UE. «Le fait que Theresa May soumette l’accord final de mise en œuvre du Brexit au vote des deux chambres du Parlement est positif pour la livre sterling», a estimé dans une note Athanasios Vamvakis, expert en devises chez Bank of America Merrill Lynch. Si son discours fournira un soutien à la livre sur le court terme, les risques à la baisse continuent de prévaloir, nuançait la banque mercredi.

Le pire est passé pour la livre

«La livre sterling restera sous pression mais le pire est sans doute passé», estimait de son côté la société BBGI dans une note récente. Dans ses prévisions de change pour cette année, la banque Edmond de Rothschild prévoit que la livre se stabilise à 1,18 contre le dollar en 2017, puis se ressaisisse à 1,20 l’an prochain. Dans une note publiée mercredi, Syz Wealth Management anticipe pour la livre un cours de 1,20 dollar à six mois, puis un renforcement à 1,25 d’ici un an.

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J. Safra Sarasin se montre plus sceptique: «Si l’application de l’article 50 est enclenchée en mars en 2017, la livre devrait de nouveau déraper», écrivait la banque dans ses prévisions de début d’année. «Le bas niveau de la livre ne l’empêchera pas de reculer encore», prévient Ursina Kubli, stratège du marché des changes.

Trump veut éviter un dollar trop fort

Le rebond de la livre mardi s’est inscrit dans le contexte d’un affaiblissement du dollar. Mardi soir, la monnaie européenne est remontée à son plus haut niveau de cette année face au billet vert, s’échangeant à 1,07 dollar par euro, contre moins de 1,04 juste peu avant Noël. Le dollar s’est affaibli suite aux déclarations récentes de Donald Trump sur les effets néfastes de la force du billet vert.

Si le dollar reste actuellement la devise favorite des investisseurs, profitant notamment d’un différentiel de taux avantageux par rapport aux autres monnaies, BBGI juge que son «potentiel de progression est désormais réduit, notamment contre l’euro et le yen.»

Optimisme excessif sur le billet vert

J.Safra Sarasin doute aussi d’une appréciation supplémentaire du billet vert. «Les positions acheteuses nettes en dollars de la Bourse de Chicago révèlent un optimisme excessif qui laisse prévoir un risque de déception sur la monnaie américaine», estime Ursina Kubli. Et de citer deux facteurs susceptibles de freiner l’envolée du billet vert: d’une part, il y a le coût élevé du financement en dollar pour les investisseurs étrangers, qui va modérer la demande pour le billet vert. D’autre part, les mesures budgétaires promises par le président élu pourraient prendre plus de temps que prévu pour être mises en œuvre, estime la spécialiste.

Dans ses prévisions, Edmond de Rothschild anticipe que le billet vert se renforce certes encore un peu cette année, pour s’échanger à 1,06 dollar par euro, avant de revenir à 1,08 dollar l’an prochain. De son côté, Syz Wealth Management prévoit que l’euro s’échange à 1,09 dollar dans six mois, puis à 1,12 d’ici un an.