Les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), les jeunes cadres ambitieux et une bonne organisation ne suffisent pas à eux seuls à rendre une entreprise performante: encore faut-il que sa gestion soit incarnée par des managers qui sachent communiquer de manière directe et piloter le changement. Les trois ouvrages recensés ce mois placent la gestion des ressources humaines de l'entreprise dans une perspective humaniste, en prônant le dialogue, la division du savoir plutôt que celle du travail et les approches transversales du management.

Information, parole et délibération: l'entreprise et la question de l'homme

par Eric Fay

Plus les NTIC se développent, plus il devient difficile d'adresser la parole à quelqu'un qui vous écoute, constate Eric Fay avec une certaine fatalité. Les échanges d'information en entreprise deviennent anonymes et froids, comme au travers de la messagerie électronique. L'auteur suggère de nous rendre plus attentifs à notre propre rapport à la parole et à notre communication directe avec l'autre. Le monde virtuel ne doit pas éclipser le monde réel: le travail ne se réduit pas à un simple traitement d'informations et gérer ne revient pas à annuler le ressenti mutuel. Eric Fay nous propose de suivre le chemin de la «délibération ouverte», forme de gestion qui marque l'action managériale du désir «d'une vie bonne avec et pour autrui», dans laquelle notre rationnel doit parfois être suspendu pour faire place à la spontanéité plus subjective de la parole.

Presses de l'Université Laval, Québec, 2004, 232 p.

Les Seniors dans l'entreprise

par ELÉONORE MARBOT

ET JEAN-MARIE PERETTI

Cet ouvrage éclaire les responsables de RH qui font face aux défis de la gestion des âges, défi lié notamment à l'allongement de la durée du travail. Il s'appuie sur les recherches et audits réalisés par les coauteurs. Le sentiment de fin de vie professionnelle touche les personnes qui réduisent l'importance de leur travail par rapport à d'autres valeurs plus personnelles, ou parce qu'ils se sentent écartés des centres de décision, voire confinés dans un placard de préretraite. Il s'agit donc de remotiver les cadres seniors par de nouvelles missions ou des changements de poste. Les auteurs recommandent notamment de maintenir les entretiens d'évaluation même après 50 ans, de ralentir le mouvement des départs anticipés, de valoriser l'expérience et la transmission des compétences et de rémunérer de façon équitable la compétence, comme l'expérience de toutes les générations. Le senior peut percevoir de l'injustice lorsqu'il se compare avec de jeunes cadres bénéficiant de conditions plus favorables. Les auteurs préconisent une «pyramide des âges équilibrée» intégrant vieux renards et jeunes loups dans l'intérêt de chaque entreprise.

Village Mondial, Pearson Education France, Paris, 2004, 170 pages

Sait-on piloter le changement?

par JEAN-CLAUDE SARDAS ET ALAIN MAX GUENETTE

Bien des auteurs en management abordent le changement comme le fait de décideurs installés au sommet de l'entreprise, qui mettent en œuvre ses conséquences organisationnelles et communicationnelles à sens unique, du haut vers le bas. Cet ouvrage, qui réunit des textes de colloques internationaux ayant eu lieu à HEC Lausanne et à l'Ecole des Mines de Paris, démontre la complexité des modes d'organisation, privés et publics, et la capacité réelle de tous les acteurs de participer au changement, voire de l'introduire ou d'en modifier le tracé. Nous avons particulièrement apprécié le texte de Ken Starkey, de l'University of Nottingham Business School, sur «la musique de l'organisation», qui parcourt le jazz comme une métaphore de l'improvisation-innovation organisationnelle par rapport au chef d'orchestre classique.

L'Harmattan, Paris, 2004, 350 pages

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