Malgré des décennies d'évangélisation académique, la fonction RH reste perçue comme la grande oreille compatissante supposée soulager toute la misère chronique du monde professionnel. La fonction «philanthrope» de l'entreprise, en somme. Pourtant, son rôle est avant tout de gérer les compétences destinées à assurer la productivité de l'entreprise. Forcément, ça fait moins sympathique. Il n'empêche que c'est une réalité têtue dont le rappel est utile. Ce rôle attribué de dame patronnesse est intolérablement réducteur et intenable dans un monde de communication émancipée et dans un univers professionnel impitoyable. Est-ce un hasard si la littérature de gestion voit s'épanouir en termes crus les questions qui divisent? La lutte anti-fâcheux (que de récents ouvrages n'hésitent plus à traiter de cons), marquant la fin de la charité envers autrui au bureau, l'éloge de la paresse, la décence ou non des salaires des dirigeants, la compétence des cadres... L'angélisme traditionnellement attribué à la GRH fait place à une conception cynique et désabusée des relations. Les collaborateurs sont à la recherche de sens au niveau de l'organisation, mais aussi d'une certaine lucidité au niveau du rôle et de la place de chacun dans l'entreprise.

Les patrons sont-ils trop payés?Patrick BonazzaLarousse, A Dire Vrai, 2008, 125 p.Trop payés, les patrons? Mal vus, en tout cas. La faute à un vieux fond judéo-chrétien mâtiné d'éthique protestante dans lequel il ne fait pas bon gagner son pain sans la sueur de son front. Mais les rémunérations à «caractère excessif» qui font mal à l'ouvrier ne sont pas légion et pourraient parfois même trouver des fondements dans le fait que le «patron» ne trouve sa place dans aucun index du droit des affaires. Et ne bénéficie donc pas des mesures protectrices de l'emploi. Ce traité n'est pas une incitation à l'émeute, mais pose la question particulièrement pertinente pour un RH de savoir comment «bien» payer les dirigeants d'entreprise.

Guide pratique pour réussir sa carrière en entreprise avec tout le mépris et la cruauté que cette tâche requiertAntoine DarimaLa Découverte, 2008, 146 p.L'esprit d'entreprise, le goût de la concurrence et la soif de réussite sont des vilenies de jeune loup aux dents longues. Bienvenue dans l'ère du machiavélisme managérial à peine voilé sous un cynisme de circonstance. Mais attention, l'art de la perversité n'est pas à la portée de tous. Il faut du talent et de la pratique. Et cet authentique manuel de la courtisanerie pour candides vous sera du plus grand secours si vous n'êtes pas déjà un expert en obséquiosité discrète, en rhétorique managériale pour avoir toujours raison, ou en mesquinerie opportuniste. Non, l'heure n'est plus aux bons sentiments et si votre intention n'est pas de vous laisser envahir par l'esprit de la firme, il est d'autant plus utile d'en connaître les armes.

Tu aimeras tes collègues comme toi-mêmeSylvain GrevedonEyrolles, 2008, 192 p.Evidemment, il y aura toujours les nostalgiques de la bonne vieille charité d'entreprise. Ceux qui croient dans l'intelligence comportementale des acteurs, qui misent sur la dérision et l'incompressibilité des valeurs humaines de base stipulant qu'il est difficile de s'épanouir dans le sarcasme et la perversité. Voire même que ça rendrait plus efficace. Les purs, quoi. Ceux pour qui le respect ne peut le disputer à la perfidie ambiante. Question d'équilibre et de développement personnel. Reste à savoir combien de temps la bonne volonté, même ludique et illustrée, résistera aux assauts des canines prêtes à rayer le parquet...