Dans La semaine de quatre jours, Pierre Larrouturou plaide pour des négociations de grande ampleur en vue d'une nouvelle répartition du travail. Bref, pour la semaine de 32 heures. Cet ingénieur pragmatique un brin idéaliste travaille pour un cabinet américain d'audit en vue. Il milite pour un partage plus juste, plus équilibré, où chacun pourrait bénéficier de temps pour sa vie personnelle ou pour se livrer à des activités non marchandes. Réaliste et pragmatique, il soutient qu'il faut prendre en compte diverses contraintes. Il lui semble d'abord évident qu'il n'est pas jouable d'augmenter les coûts pour les entreprises, car elles risqueraient de devenir moins compétitives; il lui paraît également qu'il ne saurait être question de toucher aux plus faibles salaires. Son argumentation part de l'idée banale que le chômage nous coûte très cher, humainement, socialement et financièrement. Son point de vue consiste alors à développer l'idée qu'au lieu de mettre davantage d'argent dans les caisses du chômage, il serait plus judicieux de permettre aux entreprises passant à quatre jours d'arrêter de payer un certain nombre de cotisations. Dans le cas français, cela consisterait à dire que lorsqu'une entreprise passe à quatre jours, elle cesse définitivement de payer ses cotisations chômage, soit 8% du salaire. Preuve de réussite à l'appui. Autant dire que Pierre Larrouturou n'a pas été favorable à l'introduction des 35 heures dont il a prévu l'inefficacité. Autre ouvrage, autre thème. Dans Le temps libre contre la société, Daniel Mothé se demande si le temps libre, présenté par presque tout le monde comme une réalité positive de cette fin de siècle, n'est pas, tout conte déblatéré, qu'un miroir aux alouettes. L'idée est certes intéressante en soi, mais il faut, nous dit l'auteur, tenir compte de la ségrégation de plus en plus grande opérée par l'argent. Et, dans la donne actuelle, force est d'admettre que les défavorisés, oubliés au partage de la richesse, risquent d'être de plus en plus isolés. L'intérêt de ce texte provocateur renvoie notamment à la présentation historique du phénomène de la réduction du temps de travail. Il met également, et surtout, en avant l'importance de la notion de politique. «Nous avons proposé une réflexion politique, écrit l'auteur, car ce ne sont ni le politique, ni le juridique qui nous fourniront les réponses. Bien au contraire, nous avons montré que les réponses des économistes pouvaient aller à contre-courant de notre héritage politique républicain et social- démocrate.»

La semaine de quatre jours Pierre Larrouturou. La découverte, 1999, 245 pages.

Le temps libre contre la société, collection «Provocation» Daniel Mothé. Desclée de Brouwer, 1999, 110 pages.