Les invités

Le lobby laitier et ses relais politiques ont imposé leur discours

Les sources de calcium autres que les produits laitiers sont nombreuses. D’autres alternatives existent avec du calcium mieux assimilé, sans pour autant acidifier l’organisme

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Le lobby laitier et ses relais politiques ont imposé leur discours

Un nombre croissant de personnes, dont de plus en plus d’enfants, présentent une intolérance aux produits laitiers. Les grands responsables de cette intolérance seraient le lactose qui est le sucre du lait, mais également la caséine, la protéine du lait.

Tout d’abord, il faut différencier l’allergie de l’intolérance. L’allergie est une réaction immédiate et visible avec production d’IgE, tandis que l’intolérance est une réaction retardée sans production d’IgE mais dans les deux cas, le système immunitaire est sollicité.

Les symptômes d’une intolérance aux produits laitiers peuvent être variables. Ils peuvent survenir plusieurs jours après ingestion de l’aliment incriminé: maux de tête, gargouillements d’estomac, diarrhée, flatulence, coliques abdominales, chez les nourrissons prise irrégulière de poids, problème ORL, fatigue chronique, difficulté de concentration, etc.

La grande difficulté pour ces personnes qui présente une intolérance ou une allergie est de pouvoir se nourrir sans pour autant nuire à leur santé.

Malheureusement pour cette tranche de la population, le lait est partout ou presque… Jambon, saucisson, médication, homéopathie, certaines boissons et même notre bon chocolat noir, qui est censé ne pas contenir de lait, sont concernés.

Les produits laitiers, il faut en consommer pour le calcium, nous martèlent les médias. Au risque de voir surgir une fragilité osseuse et dentaire ou autres problèmes liés à la carence en calcium, allant jusqu’à culpabiliser les parents que nous sommes. Or, comment, dès lors, ne pas se questionner sur cette récente étude nord-américaine qui montre que l’incidence des fractures de l’avant-bras a augmenté de 32% chez les garçons et de 56% chez les filles au cours des 30 dernières années.

Les sources de calcium autres que les produits laitiers sont pourtant nombreuses. D’autres alternatives existent avec du calcium mieux assimilé, sans pour autant acidifier l’organisme.

Le lait est intimement lié à l’affectif. Il a en effet été introduit dans les écoles françaises auprès des enfants en 1954 sous forme de verre de lait et de sucre par Mendès France, pour lutter contre la malnutrition et l’alcoolisme précoce qui faisaient des ravages dans la France de l’après-guerre.

Coutume qui perdure avec la mise en place récente de la «journée du lait à la pause» dans les établissements scolaires romands, où les enfants qui présentent une intolérance au lactose sont priés de ne pas consommer les boissons lactées offertes par certaines associations paysannes. Il est par ailleurs surprenant d’apprendre que dans le canton de Vaud, la Journée nationale du lait est fixée au 4 novembre alors que dans le canton de Genève, cette dernière avait lieu le 26 avril.

Dès lors, sachant que de plus en plus de petits Suisses souffrent d’intolérances aux produits laitiers, n’y aurait-il pas d’alternatives au verre de lait aromatisé et sucré pour les enfants présentant une intolérance aux produits laitiers autre que l’origine animale?

Pour Thierry Souccar, auteur scientifique au Collège américain de nutrition: «La consommation généralisée de lait est une anomalie dans l’histoire alimentaire de l’humanité.» Pas de problèmes pour les baies, fruits et légumes. Notre organisme a même appris à tolérer la viande, apparue plus tardivement dans notre alimentation. Néanmoins, l’homme a commencé à consommer du lait il y a seulement 10 000 ans. Aujourd’hui encore, 75% de l’humanité ne le tolère pas. Le lobby laitier et ses relais politiques (conseillers nationaux et accrédités) ont imposé leurs produits. La montée en puissance du marketing est constante. Elle s’étend de nos gares CFF à nos postes TV. L’industrie du lait est une vraie poule aux œufs d’or. En 2013, 3 428 611 tonnes de lait ont été produites rien que dans notre pays. Avec une marge allant de 100 à 200% entre le prix payé au producteur – le paysan, très souvent exploité – et celui demandé par le détaillant/grossiste, une quantité d’intervenants vivent sur cette industrie qui, au demeurant, est subventionnée par la collectivité.

L’autre incohérence est la diminution régulière du nombre d’exploitations dans notre pays pour une production de lait identique. C’est-à-dire une surproduction par bête. L’apparition de la vache à haute performance. Des races spéciales sont sélectionnées et nourries avec des compléments énergétiques. Sans lesquels l’organisme de ces bovidés ne pourrait produire autant de lait. A titre de comparaison, une vache qui ne fait qu’allaiter son veau produit environ 7 à 9 litres par jour. Une vache à haute performance produire plus de 40 litres par jour. En payant le juste prix au producteur, on pourrait à la fois limiter le nombre d’intermédiaires et les subsides. Privilégions la qualité à la quantité. Avec l’esprit libéral et dans une optique de durabilité, il est temps de promouvoir un réel choix. Celui d’adopter ou non une alimentation à base de lait.

* François Meylan est conseiller financier et directeur de Meylan Finance. Maëlle Kane est nutritionniste diplômée et spécialisée dans l’alimentation sportive

En payant le juste prix au producteur,on pourrait à la fois limiter le nombre d’intermédiaireset les subsides

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