conjoncture économique

L’OCDE conseille à la Suisse d’augmenter sa productivité

Les remèdes proposés concernent la fiscalité et le travail accru des femmes

Malgré la mise en place par la Confédération, depuis 2003, de plusieurs programmes de croissance, la Suisse perd toujours du terrain, en comparaison internationale, dans le domaine de la productivité.

C’est l’une des principales constatations du rapport biennal sur la Suisse rédigé par l’OCDE et présenté jeudi à Berne. Cette donnée fondamentale du dynamisme économique d’un pays n’apparaît pas immédiatement concernant la Suisse car sa productivité globale est supérieure à la moyenne des pays de l’OCDE. Cela se gâte lorsqu’on mesure cette variable selon le nombre d’heures de travail. En fait, la bonne productivité helvétique s’explique parce que les employés travaillent nettement plus longtemps en Suisse que dans les pays voisins. En productivité par heure travaillée, le pays se situait au deuxième rang mondial, derrière les Etats-Unis, jusqu’au milieu des années 1970. Au début des années 1980, la Suisse a reculé à la 7e place, puis à la 16e au début des années 1990, sans en changer depuis. «Il s’agit d’un recul marqué», commentent les auteurs du rapport, qui citent une autre statistique pertinente.

En produit intérieur brut (PIB) par habitant, la Suisse se situait, en 2012, 7% au-dessus des Etats-Unis. Mais, comme le nombre d’heures travaillées est de 20% plus élevé, l’écart de productivité en défaveur de la Suisse s’établit à 11%. Les programmes de croissance économique entamés par la Suisse lui ont finalement permis de ne pas creuser l’écart, mais pas de le réduire. L’OCDE jette la pierre aux parlementaires. «Le Conseil fédéral a adopté trois rapports accompagnés de trains de mesures pour la croissance, dont la voilure a été réduite par le parlement.» Les auteurs du rapport conseillent donc à la Confédération et aux cantons de remettre l’ouvrage sur le métier et de s’attaquer aux problèmes structurels. Pour ce faire, l’OCDE suggère la mise sur pied d’une commission de la productivité dotée de pouvoirs d’analyse et d’alerte, sur le modèle australien, danois, ou néo-zélandais.

«En Australie, cette commission a par exemple pu contribuer à nettement améliorer la productivité du secteur automobile local», constate Petar Vujanovic, l’un des auteurs du rapport sur la Suisse. Eric Scheidegger, directeur suppléant du Secrétariat d’Etat à l’économie, juge cette proposition «d’un grand intérêt». Il rappelle aussi que, dans un souci d’économies, le parlement a décidé, en 2007, de supprimer plusieurs commissions extraparlementaires, dont celle sur les questions conjoncturelles.

Parmi les remèdes proposés par l’OCDE, on trouve la stimulation de l’innovation par des mesures fiscales, la réduction des barrières administratives à la création d’entreprises (la Suisse est classée 97e sur 180 pays), la libéralisation du marché de l’électricité, la réforme agricole, et l’amélioration de l’accès des femmes au travail. L’OCDE constate que les femmes sont trop nombreuses à devoir travailler à temps partiel pour concilier vie familiale et vie professionnelle. Une aide publique plus importante à la création de structures d’accueil de la petite enfance et parascolaires est suggérée.

Globalement, l’OCDE salue la bonne santé économique de la Suisse, tout en soulignant le risque de perte de compétitivité qui serait engendré par l’acceptation des initiatives socialistes sur les salaires (1:12 et salaire minimum). Le risque de bulle immobilière est également évoqué dans le cadre d’un scénario du pire où se conjugueraient trop longtemps des taux d’intérêt très faibles, un taux de change minimum imposé face à l’euro, et un bilan de la Banque nationale suisse qui représente 80% du PIB.

Les pouvoirs publics doivent aider les femmes à accéder plus facilementau marché du travail

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