France

Pour l'OCDE, «la France a aujourd'hui les moyens de se transformer»

Le secrétaire général de l'OCDE Angel Gurria présentait jeudi le rapport de son organisation sur l'économie française. Un exposé volontariste et optimiste, alors que le document pointe les faiblesses structurelles françaises

L'OCDE croit dans les chances de la France. Dans son rapport publié jeudi, l'Organisation de coopération et de développement économiques salue la «progression» de l'activité économique hexagonale et la volonté de réformer la législation sur le travail, puis les retraites. Le niveau élevé du chômage, le trop grand nombre de jeunes exclus du marché de l'emploi, le volume record des dépenses publiques (le plus élevé de l'OCDE) et le risque d'une aggravation de l'endettement restent toutefois de sérieux obstacles pour augmenter le «potentiel de croissance». A la sortie de son exposé conjoint avec le ministre français des Finances Bruno Le Maire, secrétaire général de l'institution Angel Gurria revient sur ce tableau nuancé pour Le Temps.

Le Temps: Le rapport de l'OCDE montre que le redressement économique de la France est semé d'embuches. C'est aussi votre sentiment ?

Angel Gurria: Le problème structurel de la France est très simple: si les réformes ne sont pas mises en œuvre, et si la volonté de faire bouger ce pays n'est pas au rendez vous, son potentiel de croissance va continuer de diminuer. En 2017, profitant de la conjoncture internationale favorable, l'économie française devrait croître de 1,7%. Bravo. Mais au delà, sans changement radical, les perspectives sont sombres. Pour l'OCDE, à conditions économiques inchangées, le plafond de croissance de la France se situe aux environs de 1,2% par an. C'est trop peu pour faire décroître le chômage qui touche plus de 9,5% de la population active, et pour faire diminuer le chiffre le plus préoccupant à mes yeux: ces 18% de jeunes Français âgés entre 15 et 29 ans, déscolarisés et sans emploi, dans un pays qui affiche par ailleurs une médaille d'or peu glorieuse au sein de l'OCDE: celle du niveau record de dépenses publiques, à 56% du produit intérieur brut (PIB).

La volonté affichée de réformer la France n'est pas une nouveauté. Les gouvernements précédents le promettaient aussi. Or vous saluez les changements en cours...

Les conditions d'un changement réel sont aujourd'hui davantage remplies. Pourquoi? Parce que la France a les moyens politiques de se transformer. Emmanuel Macron, avec lequel les experts de l'OCDE ont beaucoup travaillé lorsqu'il était conseiller à l'Elysée, puis comme ministre de l'Economie, s'est engagé lors de sa campagne présidentielle. Il a affiché sa vision: celle d'un marché du travail plus flexible, d'une formation professionnelle recentrée sur les besoins des entreprises, celle d'un pays moins dépensier, capable de réduire de 3 points de PIB son niveau de dépenses publiques d'ici la fin du quinquennat. Les tentatives de réformes précédentes ont pour certaines porté leurs fruits. C'est pour cela que la situation économique s'améliore. La chance de la France est que son gouvernement a reçu un mandat clair. J'insiste de ce point de vue sur la réforme en cours du code du travail. Elle est décisive car elle crée un pacte de confiance avec les entrepreneurs. Or cette confiance là, depuis des années, n'était pas au rendez-vous. 

Emmanuel Macron dit vouloir «transformer» la France, pas la réformer. Vous utilisez les mêmes mots. Une coïncidence ?

C'est une question de sémantique. Transformer, réformer, changer... L'important est de bien comprendre que les mutations économiques actuelles, sous le coup des progrès de l'industrie numérique, exigent une volonté de s'adapter en permanence. C'est un état d'esprit que la France n'a pas assez eu jusque-là. D'où l'idée de la transformation, car c'est un processus à long terme. Il faut jouer sur tous les leviers. Celui de la formation est indispensable. Le volet de la réforme des retraites - qui doit conduire en France à l'harmonisation des régimes et à repousser l'âge du départ à la retraite - est un autre pilier. Le système français de retraite coûte 4% de PIB de plus qu'en Allemagne et en Suède. Nos comparaisons, au sein de l'OCDE, démontrent que ce n'est pas supportable pour une économie développée qui a besoin de créer de la richesse. 


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