D’un côté, un Suisse, Philipp Hildebrand, promu par le G20. De l’autre, la Confédération mise à l’index par le président français.

Dans leur communiqué final, les pays membres du G20 ont jugé que «onze juridictions» ont fait des efforts «insuffisants» en matière de lutte contre la fraude et l’évasion fiscales. Lors de son point de presse, Nicolas Sarkozy s’est chargé de les désigner, citant d’une part neuf juridictions présentant de «sérieuses carences» et, d’autre part, «la Suisse et le Liechtenstein [qui] ne seront pas qualifiés en phase deux de l’examen de transparence fiscale tant qu’ils ne remédieront pas à certaines déficiences».

Pascal Saint-Amans a aussitôt regretté que le président français ait «sorti deux lignes d’un rapport». Le secrétaire général du Forum mondial, organisation liée à l’OCDE, souligne au contraire «les progrès importants effectués [par la Suisse] mais il faut encore que la législation entre en vigueur pour qu’elle sorte de la liste». Des problèmes, liés en particulier à l’identification du nom et de l’adresse des clients des banques, avaient été identifiés au printemps lors de la révision par les pairs dans le cadre du Forum mondial. Depuis, «des décisions ont été prises, les lois sont en train d’être passées et le problème est réglé politiquement», a-t-il ajouté.

Le Département des finances a refusé de commenter.

«Un vrai décalage»

«Il y a un vrai décalage entre la déclaration finale et la façon dont Nicolas Sarkozy l’a mise en avant», regrette Mathilde Dupré. La spécialiste du financement du développement de CCFD Terre Solidaire juge que le dirigeant français s’en prend à des pays sur lesquels «il est facile de taper. Seules deux des juridictions classées dans notre top 20 des paradis fiscaux ont été désignées, le Panama et la Suisse. Le G20 épargne celles placées sous l’influence de ses membres, comme les satellites de la Grande-Bretagne, Hongkong, le Luxembourg ou Monaco.»

De son côté, Oxfam France «dénonce les contradictions de l’Allemagne et du Royaume-Uni qui d’un côté signent cette déclaration du G20, et de l’autre viennent de signer les accords dits «Rubik», qui préservent le secret bancaire suisse et laissent donc le champ libre à l’évasion fiscale».

Enfin, le G20 a ouvert un autre chantier en s’engageant à «signer la Convention multilatérale concernant l’assistance administrative en matière fiscale». Adoptée par déjà 21 pays, mais pas la Suisse, elle prévoit l’échange automatique d’informations, en option. Le G20 encourage «vivement» d’autres juridictions à y adhérer.