Alors que les négociations d'admission de la Russie à l'OMC entament leur dernière ligne droite, l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) rappelle quelques cruelles vérités sur le pays présidé par Vladimir Poutine. L'organisation, dans ce qui pourrait bien être son dernier rapport avant l'adhésion, rappelle le long chemin qui reste encore à parcourir sur le plan des réformes intérieures.

«La Russie est toujours confrontée au formidable défi de devoir entreprendre des réformes structurelles dans un large spectre afin d'améliorer les conditions-cadres de l'économie et d'améliorer la croissance de la productivité. Malheureusement, le rythme des réformes s'est ralenti de manière significative depuis le début de 2004», observe le rapport.

Les domaines les plus critiques sont toujours les mêmes: l'administration publique, l'encouragement à l'innovation et au transfert de technologie et le système de santé.

La première, «inefficace, largement irresponsable et fréquemment corrompue» selon le rapport, fait certes l'objet d'un projet de réforme gouvernemental. Mais celui-ci n'a été lancé qu'en octobre 2005. L'OCDE conseille au gouvernement Poutine d'inclure des mesures favorisant la transparence et le respect de l'Etat de droit, notamment par le «renforcement d'une presse indépendante».

L'innovation souffre, pour sa part, de la désorganisation des centres de recherche dont les financements sont orientés en fonction des structures et non pas des projets. Enfin, le système de santé subit le manque de concurrence entre assureurs du fait de l'inachèvement des réformes entreprises au début des années 1990.

Temps compté

La lenteur des changements institutionnels crée une situation qui, à terme, risque fortement de déboucher sur une reprise de l'inflation. Les inefficiences freinent, voire bloquent, l'amélioration de la compétitivité de l'économie russe. Celle-ci demeure donc très dépendante des revenus tirés de la vente de matières premières, de pétrole et de gaz.

Cette situation reste relativement indolore tant que les revenus qui en sont tirés se maintiennent à haut niveau. Mais les cours élevés recèlent eux-mêmes un piège, celui que la richesse générée ne pousse encore vers le haut des importations déjà en progression marquée, soutenues par un taux de change artificiellement favorable.

Ce cadre favorise par conséquent l'augmentation des prix. Si le gouvernement veut atteindre son objectif d'inflation de 4,5% à 5% à la fin de la décennie et mieux se défendre face à ses partenaires commerciaux, le temps lui est compté.