Les paradis fiscaux du Pacifique Sud ont encore quatre mois pour démontrer leur bonne volonté. Sept pays insulaires de la région – les îles Cook, Nauru, Niue, Samoa, Tonga, les îles Marshall et le Vanuatu – avaient été, en juillet dernier, désignés comme «non coopératifs» en matière de fiscalité internationale par l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) aux côtés d'Etats tels que le Liechtenstein, Andorre, Monaco ou les Seychelles. Tous se sont retrouvés à Tokyo jeudi et vendredi, pour une réunion de travail sur le sujet regroupant les autres pays membres du Forum du Pacifique Sud, des experts de l'OCDE et des représentants du gouvernement japonais. Les discussions ont porté à la fois sur les problèmes d'évasion fiscale et sur des questions telles que la taxation du cybercommerce.

L'OCDE a confirmé, à l'issue de cette rencontre, qu'une nouvelle liste d'Etats contrevenants (passibles alors de rétorsions) sera publiée en juillet 2001. Pour ne pas y figurer, les pays visés devront d'ici là «faire des efforts substantiels pour accroître la transparence de leur système fiscal». Ce sommet de Tokyo, qui suivait une première réunion organisée à la Barbade et une autre à Paris, a permis aux experts de l'OCDE d'expliquer leurs exigences aux dirigeants des sept pays sur la sellette. «Nous leur avons bien précisé que notre objectif n'était pas, comme certains le craignent, de porter atteinte à leurs prérogatives fiscales, explique Seiichi Kondo, secrétaire général adjoint de l'organisation basée en France. Ceux qui ont choisi de ne pas taxer les capitaux pourront continuer de le faire. Nous réclamons en revanche, pour lutter contre la criminalité financière, que ces pays se dotent d'infrastructures adéquates afin d'identifier l'origine des fonds et de répondre à nos éventuelles demandes d'informations.»

Réunion «fructueuse»

L'idée est d'amener ces mini-Etats insulaires à coopérer avec la task force financière sur les blanchiments de capitaux constituée au sein de l'OCDE depuis 1990. «Que ces pays souvent dépourvus de ressources naturelles offrent des avantages fiscaux est une chose, poursuit Seiichi Kondo. Qu'ils servent à blanchir l'argent de nos mafias en est une autre.» Le secrétariat du Forum du Pacifique évalue entre 8 et 10% la part prise par les opérations financières offshore dans le PIB de ces nations en développement. La minuscule république de Nauru est soupçonnée d'être l'un des centres de transit privilégié de l'argent de la mafia russe.

Qualifiée de «fructueuse» par les participants, la réunion de Tokyo s'est achevée sans résultats concrets. Les pays du Pacifique Sud, représentés pour certains au niveau ministériel, ont surtout fait savoir à leurs interlocuteurs de l'OCDE que leurs ressources humaines et matérielles étaient limitées. «Les dirigeants de ces Etats insulaires comprennent nos exigences, mais ils manquent de cadres, de fonctionnaires et parfois d'ordinateurs pour y répondre, reconnaît un participant britannique. La transparence est le résultat de lois plus strictes, d'une administration moins corrompue, de fonctionnaires formés aux réalités de la finance mondiale. L'ignorance et l'incompétence locale profitent aux criminels financiers.» Pour y remédier, le Japon, l'Australie et la NouvelleZélande ont réitéré à Tokyo leurs offres de formation et de coopération. Les contacts bilatéraux entre l'OCDE et chacun de ces pays vont maintenant se poursuivre et une autre réunion de travail pourrait avoir lieu d'ici à juillet. «Notre espoir est que tous les pays visés feront les efforts nécessaires pour ne pas être sur la prochaine liste noire», conclut Seiichi Kondo.