Perspectives

Pour l’OCDE, la Suisse doit casser sa tirelire

Le club des pays riches félicite la Confédération pour sa gestion des finances publiques. Par contre, elle lui recommande d’investir plus pour des projets liés au climat ainsi que pour se préparer à l’évolution démographique. Le Seco n’entre pas en matière

Le parc automobile suisse change. Les risques liés au changement climatique obligent, la part des voitures électriques augmente d’année en année. Si la tendance se poursuit, il faudra adapter notre réseau routier pour correspondre à cette nouvelle réalité. «La Confédération ne devrait pas avoir de problème pour financer les nouvelles infrastructures», a lancé Alvaro Pereira, directeur des Etudes nationales à l’ Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) lundi à Berne, lors de la publication d’une étude conjoncturelle qui dresse un état des lieux de l’économie suisse, un exercice effectué tous les deux ans. Elle pourra utiliser le surplus budgétaire et aussi la marge de manœuvre disponible dans le cadre budgétaire pour financer des infrastructures, sans pour autant violer la règle du «frein à l’endettement». La Constitution suisse limite la dette nationale à 40% du produit intérieur brut (PIB).

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«Nous ne partageons pas cette idée d’effectuer des dépenses publiques plus que prévu, a réfuté Marie-Gabrielle Ineichen, directrice du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) lors de l’émission radio Forum lundi soir. Nous avons des stabilisateurs automatiques et je préfère laisser la possibilité d’y recourir lorsqu’on aura vraiment besoin.» Et d’ajouter: «Je ne vois pas où nous pourrions dépenser de l’argent de façon intelligente.»

A ce propos, Jan-Egbert Sturm, directeur de l’institut des études conjoncturelles KOF, souligne que la Suisse a certes les moyens de recourir à la politique fiscale pour stimuler la croissance. «Néanmoins, notre problème est que les secteurs qui auraient besoin de coups de main sont affectés par des raisons externes, fait-il remarquer. Le secteur des machines-outils souffre à cause de la baisse de la demande étrangère et une aide à l’interne ne se justifie pas.»

«Ne pas dépenser 
pour dépenser»

«Nous ne disons pas qu’il faut «dépenser pour dépenser, avait affirmé Alvaro Pereira. Mais, comme tous les pays, la Suisse aura besoin d’investissements pour des projets, par exemple pour contrer le changement climatique.» Selon lui, la Confédération se trouve dans la même situation que d’autres pays, dont l’Allemagne et les Pays-Bas, qui pourraient casser la tirelire et donner une impulsion à la demande.

«La Suisse peut également consacrer ses ressources pour mieux se préparer au vieillissement de la population», a proposé Alvaro Pereira. L’OCDE considère ce thème comme prioritaire et recommande de prendre le taureau par les cornes dès à présent. Et pour cause. La part de la population âgée de 65 ans et plus est d’environ 18% en 2019. Mais, avec l’arrivée à l’âge de la retraite des baby-boomers et l’augmentation de l’espérance de vie, elle touchera la barre des 30% en 2060, bien au-dessus de la moyenne des pays riches. «Cette évolution représente une chance mais aussi un défi, avance l’économiste. Pour exploiter tout le potentiel et éviter que ce phénomène ne pèse sur les entreprises et les salariés, il faudra un large éventail de politiques publiques.»

C’est ainsi que l’OCDE recommande de fixer l’âge légal de la retraite pour les deux sexes à 65 ans, puis de le porter progressivement à 67 ans. Elle fait ressortir que la limite d’âge de la retraite pour les hommes à 65 ans a été introduite en 1948 alors que l’espérance de vie était de 73 ans. A présent, elle est montée à 81 ans. Autres recommandations: revoir à la baisse le paramètre utilisé pour calculer les rentes (le taux de conversion minimal), réduire les impôts sur les revenus des personnes physiques et atténuer la progressivité des taux de cotisation de retraite en fonction de l’âge.

Faire face «aux responsabilités de demain» 

«La Confédération devrait utiliser le surplus budgétaire et les marges de manœuvre disponibles dans la politique fiscale pour faire face à une population vieillissante de plus en plus nombreuse», a insisté Alvaro Pereira. Pour Jan-Egbert Sturm, la Confédération est déjà en train, de façon implicite, créer un trésor de guerre à cette fin. «A ce rythme, nous sommes certains de pouvoir faire face à nos responsabilités de demain», rassure le directeur du KOF.

Troisième secteur traité par l’OCDE: l’avènement numérique et les nouvelles technologies. Elle fait d’emblée remarquer que la Suisse est bien placée pour bénéficier des nouvelles opportunités dans ce domaine. Mais, à ce stade, de nombreuses entreprises mettent plus de temps à les adopter que dans les pays à la pointe. Dès lors, l’OCDE recommande de résoudre en priorité la question des pénuries de compétences en facilitant l’entrée d’immigrés très qualifiés, y compris des pays non membres de l’Union européenne et d’augmenter les dépenses de formation pour les demandeurs d’emploi.

Sur un plan plus global, comme tous les instituts d’études conjoncturelles, l’OCDE a baissé ses prévisions de croissance pour le Suisse à 0,8% en 2019 et à 1,4% en 2020, alors que la hausse était 2,8% l’an dernier. Le Seco a confirmé ce pessimisme mardi; l’indice du climat de consommation pour novembre s’est fixé à -10,4 points, contre -8,0 points lors du précédent relevé en juillet.

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