Pour séduire l’empire du Milieu, Mark Zuckerberg, le fondateur du réseau social Facebook – censuré en Chine –, n’avait pas hésité, lors de son séjour dans le pays, en mars, à braver la pollution pour faire un jogging dans les rues de Pékin. Moins démonstratif, Tim Cook a, pour sa part, préféré venir avec un cadeau bien concret. En visite dans la capitale mardi 16 août, le PDG d’Apple en a profité pour annoncer l’ouverture prochaine du premier centre de recherche et développement (R&D) de l’américain en République populaire.

Comme à son habitude, la firme californienne est restée discrète sur les détails du futur édifice, ne précisant ni son lieu d’implantation ni le nombre d’employés amenés à y travailler. «Le centre ouvrira plus tard cette année et rassemblera nos ingénieurs et nos équipes opérationnelles en Chine», a simplement précisé l’entreprise.

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Apple dispose d’ores et déjà d’une quarantaine de sites dans le pays. Des implantations qui ont doublé en l’espace de cinq ans. Le groupe, dont les dépenses en R&D ont par ailleurs quadruplé depuis 2011, profitera de ces nouveaux locaux pour consolider sa présence sur un marché clé.

Environ 30% des Chinois connectés à la 4G

La deuxième économie mondiale est en effet stratégique pour Apple, puisqu’elle représente le deuxième plus gros marché de la marque (environ 56,2 milliards de francs en 2015) après les Etats-Unis en termes de chiffre d’affaires. Tim Cook ne ménage d’ailleurs pas ses efforts en direction du pays. Le directeur général était déjà venu mi-mai pour visiter un Apple Store et rencontrer des développeurs d’applications locaux.

Cette fois, outre l’ouverture du centre de R&D, le patron de la firme à la pomme a évoqué son intention d’accroître les investissements du groupe dans l’empire du Milieu. La société californienne cherche à séduire le gouvernement chinois, alors même qu’elle est confrontée à une baisse sensible de ses ventes d’iPhone dans le pays. Ces deux derniers trimestres, le chiffre d’affaires de la marque en République populaire a enregistré des chutes de respectivement 33% et 26% sur un an et a même été surclassé d’avril à juin par le chiffre d’affaires européen; une situation inédite depuis plus d’un an.

«L’économie connaît quelques ralentissements», concédait récemment Tim Cook dans une interview au Washington Post. Il se montrait néanmoins confiant: «Nous avons bien réussi en Chine. […] Si vous regardez sur une période de deux ans, nous étions au-dessus des 50% [de croissance du chiffre d’affaires] trimestriel.» Apple entend bien continuer à profiter de l’essor des classes moyennes et du fort intérêt de ses habitants pour les smartphones. Fin 2015, le pays comptait ainsi 1,3 milliard d’usagers, dont environ 30% sont connectés aux réseaux 4G, selon le ministère de l’industrie et des technologies de l’information.

Réglementation stricte

Les difficultés que rencontre d’Apple aujourd’hui sur le marché chinois s’expliquent en partie par la forte concurrence qui y fait rage. Les constructeurs locaux – Huawei, Xiaomi, Oppo ou ZTE – proposent de plus en plus de smartphones de qualité à des prix moins élevés que ceux de la firme américaine. Le sud-coréen Samsung, son éternel rival, cherche aussi à pousser ses pions.

L’autre problème de la marque à la pomme tient aux strictes réglementations imposées par les autorités locales, notamment à l’encontre des sociétés étrangères. En avril, ses services de diffusions de film et de livres, iTunes Movies et iBooks, lancés en Chine sept mois auparavant, ont été bloqués après l’entrée en vigueur de mesures encadrant la publication en ligne. Et en juin, une accusation de violation de brevets concernant l’iPhone 6 et 6 Plus par l’autorité locale de régulation de la propriété intellectuelle ont accentué la pression sur Apple. Le groupe américain venait pourtant de montrer sa bonne volonté en investissant un milliard de dollars dans Didi Chuxin, le rival chinois d’Uber. «Apple doit veiller à ce que le gouvernement continue d’appuyer ses activités» note Jan Dawson, analyste chez Jackdaw Research, L’annonce de la création d’un centre de R&D jouera-t-elle en sa faveur?