En lançant officiellement une offre publique d'échange amicale sur 70% du capital de la Comit (Banca commerciale italiana), la Banca Intesa a non seulement mis sur pied la première banque du pays avec plus de 540 000 milliards d'actifs (460 milliards de francs) mais aussi le huitième groupe européen. Concrètement, l'opération consiste à proposer aux actionnaires un échange de 1,65 action Intesa pour chaque titre Comit. Pour les 30% du capital restants, les actionnaires disposeront d'une option d'achat valable jusqu'en 2002.

L'offre publique devrait techniquement démarrer fin septembre. La formation d'une agrégation bancaire d'envergure a été tant de fois annoncée et aussi régulièrement renvoyée en Italie que certains utilisent encore le conditionnel. Mais cette fois, tous les ingrédients sont réunis pour porter à terme l'opération. A la différence de l'OPE hostile (à seulement 1,6 action Intesa) lancée en mars dernier par Unicredito sur 100% de Comit, l'OPE conduite par Intesa a d'ores et déjà reçu l'aval de la Banque d'Italie et le placet de Mediobanca. Enrico Cuccia, le nonagénaire patron de cette dernière, qui voyait d'un mauvais œil l'offre d'Unicredito sur la Banca commerciale – laquelle possède 8,8% de Mediobanca – s'est en effet montré favorable à cette alliance.

Malgré plusieurs contentieux passés, Giovanni Bazoli, qui a assaini le sulfureux Banco Ambrosiano puis, en 1996, avalé la puissante Cariplo pour créer la Banca Intesa, est parvenu à convaincre Enrico Cuccia que sa proposition était la moins périlleuse pour l'avenir de l'institut milanais. En signe de courtoisie, il a même déclaré hier: «Il est encore trop tôt pour parler de nouveau pacte d'actionnaires (qui devrait rester dans un premier temps celui d'Intesa avant de s'ouvrir à celui de Comit, n.d.l.r.) mais, à titre personnel, j'espère que Mediobanca fera partie des nouveaux participants». «C'est la meilleure agrégation que l'on pouvait imaginer en Italie, voire en Europe», a pour sa part souligné l'administrateur délégué de Comit, Aldo Civaschi.

D'autant que Giovanni Bazoli embarque dans l'aventure le Crédit Agricole détenteur aujourd'hui de 22,77% d'Intesa. La banque française devrait demeurer le premier actionnaire du nouveau «Groupe Intesa» augmentant même sa participation: «Nous approuvons le rapprochement avec Comit et nous entendons maintenir une participation significative et prééminente» ont fait savoir hier les dirigeants de la première banque française. «Initialement, le Crédit Agricole va diluer ses parts en raison de l'agrégation avec Comit mais ensuite, avec l'accord des autres actionnaires, il augmentera de nouveau sa participation au sein d'Intesa-Comit», a précisé Giovanni Bazoli.

Pool bancaire

Au-delà, le mariage annoncé mercredi devrait permettre la constitution d'un pool bancaire de taille européenne. Au siège de la Commerzbank, qui détient 4,97% de Comit, on juge en effet très favorablement le projet d'alliance entre la Banca commerciale et Intesa. Comme l'a fait remarquer Giovanni Bazoli, la Commerzbank figure avec le Crédit Agricole et Intesa parmi les nouveaux actionnaires du Crédit Lyonnais. Les Assurances Generali devraient également être de la partie en entrant dans le pacte d'actionnaires du «groupe Intesa».

De quoi, au total, inquiéter les laissés-pour-compte de ce nouveau géant de la finance transalpine qui ne pourront rester inertes devant un tel défi. C'est notamment vrai pour Unicredito qui espérait faire entrer dans son orbite la Banca commerciale ou encore San Paolo-Imi et Banco di Roma dont les noces ont été brisées sur volonté de Mediobanca. «L'opération Intesa-Comit va rapidement créer un engrenage en Italie, un processus d'agrégation au point qu'il est possible que nous tombions bientôt à la deuxième place du classement en Italie», a déclaré Giovanni Bazoli, mi-amusé, mi-sérieux qui a ajouté: «Cela voudra dire que nous devrons acheter une autre banque. […] Nous n'avons pas fini. D'ici six mois, vous verrez, nous devrons encore acheter pour demeurer le numéro un en Italie.» D'ores et déjà, la Bourse de Milan parie sur un prochain rapprochement entre Unicredito et San Paolo-Imi.

Après l'échec de l'OPE sur Comit, le président d'Unicredito Lucio Rondelli avait indiqué que San Paolo-Imi constituait un «second best». Enfin, la fondation du «groupe Intesa» devrait également contraindre la Deutsche Bank à revoir ses plans. L'an passé, la banque allemande s'était invitée à la table de Comit en s'emparant de 4,5% du capital et en espérant marginaliser la Commerzbank. Une tentative qui s'est révélée vaine, Deutsche Bank ne parvenant même pas à obtenir une place au conseil d'administration de Comit. Aujourd'hui, Deutsche Bank pourrait chercher à changer de partenaire italien et s'intéresser en particulier à une alliance avec Unicredito.