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«L’offre de la Finma est arrivée trop tard»

Pressenti à la tête du gendarme financier, Hugo Bänziger est finalement nommé associé-gérant chez Lombard Odier

«L’offre de la Finma est arrivée trop tard»

Banque Pressenti à la tête du gendarme financier, Hugo Bänziger est finalement nommé associé chez Lombard Odier

Contrairement à ce qu’annonçait la presse alémanique ces derniers jours, Hugo Bänziger ne succédera pas à Patrick Raaflaub à la tête de l’autorité de surveillance des marchés financiers (Finma). Ancien membre du Directoire de la Deutsche Bank (2006-2012) et professeur de finance à l’Université de Chicago Booth School of Business, cet Appenzellois de 58 ans rejoindra le 1er avril Lombard Odier, a annoncé l’établissement mercredi. Il devient ainsi le neuvième associé, à côté notamment de Patrick Odier et Thierry Lombard, d’un groupe qui gérait 174 milliards de francs au 30 septembre 2013.

Le Temps: On vous annonce à la Finma et vous voilà chez Lombard Odier. Que s’est-il passé?

Hugo Bänziger: Je suis très honoré que l’on évoque mon nom pour prendre la direction de cette institution, mais j’étais en discussion avec les dirigeants de Lombard Odier depuis l’été dernier. Et j’ai donné mon accord définitif au mois de décembre. L’offre de la Finma est arrivée trop tard.

– Votre arrivée est-elle liée au changement de statut juridique opéré par la banque en ce début d’année?

– Non pas du tout. Outre le fait que je connais certains associés depuis plus de quinze ans, ma principale motivation pour rejoindre le groupe a été le fait qu’il s’agit d’un partenariat. Je suis convaincu que les banquiers doivent être responsables de leurs actes, au même titre qu’un entrepreneur ou que le propriétaire d’une usine. Surtout après les excès que l’on a pu voir dans la finance ces dernières années.

– Comment allez-vous financer votre arrivée au capital du groupe? Allez-vous racheter des parts aux autres associés?

– Je vais investir une part au capital en réalisant certains de mes investissements.

– Après quinze années passées au sein de la Deutsche Bank, ne craignez-vous pas un choc culturel en rejoignant une banque privée genevoise?

– Lorsque je travaillais pour la Deutsche Bank, j’ai toujours œuvré pour que l’on instaure une culture différente de celle qui prévaut dans les grandes banques; une culture de gestion des risques et de transparence. Si cette volonté n’a pas toujours été couronnée de succès, je crois être parvenu [ndlr: il était responsable de la gestion des risques] à préserver la banque de nombreux aléas. Au sein de Lombard Odier, je vais continuer à travailler dans cette même direction.

– Le fait que vous ne soyez ni Genevois, ni membre de la famille fondatrice ne vous inquiète pas davantage?

– C’est un nouveau chapitre de ma vie qui s’ouvre, notamment le fait de venir m’installer à Genève après quinze années passées à Londres. Mais je m’en réjouis, d’autant plus que je suis un fervent admirateur de la culture francophone [ndlr: il s’exprime parfaitement en français]. Maintenant, ce nouveau défi s’inscrit également dans la continuité de ce que je fais depuis de nombreuses années. Lombard Odier est présent dans 18 pays avec 25 bureaux, je vais donc continuer à voyager et à utiliser mon réseau international pour soutenir le développement du groupe.

– Vous arrivez au début d’avril?

– Oui, il faut encore que je me trouve un logement!

– Le changement de modèle vécu par la place financière suisse aujourd’hui a-t-il été une source de motivation ou de crainte supplémentaire?

– Ce qui se passe actuellement est fascinant: les banques privées suisses sont en train de finaliser la conversion d’un modèle «off­shore» en un modèle «onshore». Or, il ne fait aucun doute que ce modèle basé sur la transparence est celui du futur.

– Vous allez notamment vous occuper du développement international du groupe. Comment celui-ci doit-il s’opérer? Singapour est-elle la place clé pour l’avenir?

– Je ne crois pas être déjà en mesure de commenter la stratégie de la banque. Maintenant, outre le développement international, la Suisse demeure une place financière très importante dans le nouveau modèle d’affaires. Mes attributions principales seront dans le domaine de la finance, de la compliance et du risque.

– Serez-vous en charge du dossier américain?

– Non, mais la banque a déjà pris position sur ce sujet.

– Qu’en est-il de vos autres fonctions? Allez-vous notamment quitter le conseil d’administration d’Eurex dont vous êtes le président?

– Je vais aller jusqu’à la fin de mon mandat qui se termine dans deux ans et demi. Mais le plus grand du travail pour Eurex – soit recevoir la licence bancaire et la recapitalisation – a déjà été effectué si bien que ma présence va se réduire. Mon travail chez Lombard Odier va m’occuper à 100%, je vais donc devoir revoir mes autres occupations. Et notamment arrêter d’enseigner à Chicago.

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