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Les outils de médecine numérique vont jouer un rôle grandissant dans la prise en charge du patient.
© CHRISTIAN BEUTLER

Intelligence artificielle 

Des logiciels qui veulent remplacer les médecins

L’application de la start-up britannique Babylon permet d’écouter la description des symptômes pour délivrer des conseils médicaux sans intervention humaine. Des systèmes, comme celui d’IBM Watson, diagnostique de façon plus fiable un cancer du poumon

Et si les médecins étaient remplacés par des superordinateurs? Certains investisseurs y croient fermement. Vinod Khosla, cofondateur de Sun Microsystems et investisseur influent de la Silicon Valley, prédit que les logiciels devraient remplacer 80% des médecins dans le futur. En Suisse, Damien Tappy, partenaire du fonds de capital-risque Endeavour spécialisé dans les technologies médicales estime: «D’ici quinze ans environ, grâce à la puissance de calcul, au progrès de la génomique et aux systèmes d’intelligence artificielle, la télémédecine remplacera le médecin généraliste.» Autre avis, celui de Laurent Alexandre, médecin et cofondateur du site Doctissimo.fr en France, qui s’exprime dans les Echos: «On sous-estime considérablement ce que peut faire l’intelligence artificielle d’ici à 2030. Elle va permettre d’industrialiser la santé qui reste profondément archaïque et permettre de traiter des énormes volumes de données qui arrivent à cause de l’Internet des objets ou du séquençage ADN.»

Ces investisseurs s’appuient notamment sur les performances d’ordinateurs de type Watson, le programme d’intelligence artificielle d’IBM. Celui-ci s’est fait connaître en février 2011 pour avoir battu plusieurs champions (humains) au jeu télévisé américain Jeopardy. En 2012, un test réalisé au Memorial Sloan-Kettering Cancer Center de New York, avec l’assureur Wellpoint, a pu diagnostiquer un cancer du poumon avec un taux de succès de 90%, contre 50% pour un médecin. Watson avait intégré 600 000 données médicales, 2 millions de pages issues de revues spécialisées et les dossiers de 1,5 million de patients. Watson explore désormais d’autres domaines médicaux. En radiologie, par exemple, l’ordinateur a pu détecter sur des IRM des anomalies imperceptibles à l’œil humain. Dans le cadre d’une recherche avec le New York Genome Center portant sur le glioblastome, un cancer malin très agressif du cerveau, le superordinateur cherche à aider les médecins à trouver, dans les bases de données génomiques et dans la littérature médicale, des références sur les mutations identifiées chez les patients.

En Suisse aussi, des sociétés développent des logiciels médicaux basés sur de l’intelligence artificielle. C’est le cas, par exemple, de Sophia Genetics dont les algorithmes passent au crible des données ADN de manière standardisée afin de détecter avec précision des mutations génétiques caractéristiques pour plusieurs maladies génétiques ou certains cancers. «Notre système Sophia DDM est déjà plus utilisé que IBM Watson. Nous avons déjà connecté 150 institutions publiques et privées et nous analysons 4000 patients par mois. Cela dit, remplacer le médecin n’est pas possible, ni souhaitable. Nos algorithmes sont comme les programmes qui permettent au joueur d’échecs d’aller plus vite et de faire des meilleurs coups», estime Jurgi Camblong, directeur et cofondateur de Sophia Genetics.

Pourtant, la start-up britannique Babylon cherche bien à remplacer certains rendez-vous médicaux. Elle a lancé une application de télémédecine, basée sur de l’intelligence artificielle. Elle permet d’écouter la description des symptômes, grâce à la reconnaissance vocale, et délivre des conseils médicaux sans intervention humaine. Le système est capable d’analyser des centaines de millions de combinaisons de symptômes en temps réel. Cette nouvelle application coûtera 7 francs par mois, peut-on lire dans le MIT Technology Review. Grâce à des capteurs, que le patient pourra également porter au poignet, l’application enverra des alertes et transmettra préventivement des informations sur l’état de santé. Toutefois, Babylon ne délivrera pas d’ordonnance mais uniquement des recommandations sur des médicaments disponibles en pharmacie. Financée par Demis Hassabis et Mustafa Suleyman, les fondateurs du projet Google DeepMind à l'origine du logiciel AlphaGo, la start-up travaille déjà avec deux hôpitaux et 21 000 patients qui testent actuellement l’application. En Suisse aussi, des centres de télémédecine, tels Medi24 ou Medgate, promulguent des conseils sur la médication à adopter ou une éventuelle visite médicale, grâce à un questionnaire informatisé. Un interlocuteur humain reste toutefois au bout du fil.

Avec la combinaison d’avancées récentes majeures à la fois dans la santé et les technologies numériques de l’information, la médecine connaît des changements sans précédent. «Les outils de médecine numérique vont jouer un rôle grandissant dans la prise en charge du patient et même les médecins, parfois réfractaires à cette approche, ne pourront rien y faire car le patient les désire. Le tout est de trouver un bon équilibre entre la numérisation excessive de la médecine et une prise en charge humaine, voire humaniste, du patient, estime Thierry Weber, médecin et consultant en médecine numérique et en sciences de la vie chez Vivactis à Lausanne. L’intelligence artificielle ne peut remplacer l’émotion, cruciale à toute relation médecin-patient.»

Boi Faltings, professeur au Laboratoire d’intelligence artificielle de l’EPFL, estime aussi que le médecin restera au cœur du système. «La médecine est probablement le domaine qui sera le plus influencé par l’intelligence artificielle. Toutefois, une prescription automatique, sans l’intervention d’un médecin, comporte des risques et risque de rencontrer des problèmes légaux. Qui sera responsable en cas d’accident? Ainsi, à mon avis, ces logiciels qui aideront les médecins dans leur prise de décision et qui permettront aux patients d'être mieux et plus rapidement traités, resteront toujours sous leur supervision.»

 

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