Economie

«Logitech ne fournit plus d'objectifs trimestriels»

Daniel Borel, président du conseil d'administration de Logitech, est

Daniel Borel, président du conseil d'administration de Logitech, est bien placé pour parler des objectifs trimestriels. Sa société y croyait au départ, mais elle y a renoncé il y a plus de deux ans. «Nous avons réalisé que ce qui nous semblait être une politique de transparence amenait au fond beaucoup plus de court terme; désormais, nous ne fournissons plus que des indications annuelles, les seules qui comptent vraiment.»

Le leader des souris d'ordinateurs a choisi dès son entrée à la Bourse suisse en 1988 de publier des résultats trimestriels, sans y être obligé. De par son éducation américaine, Daniel Borel était et reste favorable à cette discipline, «de manière peut-être naïve, ajoute-t-il, dans un but de transparence». Cotée ensuite au Nasdaq dès 1997, la société a joué pleinement le jeu en fournissant des estimations («guidance») aux analystes sur ses résultats à trois mois. Mais au fil du temps, les sociétés cotées à Wall Street ont subi des contraintes toujours plus lourdes, le Sarbanes Oxley Act imposant des coûts et des lourdeurs administratives, «au-delà du raisonnable», estime Daniel Borel. Certes, Logitech tient à rester cotée à New York et continuera donc à publier des résultats trimestriels (elle y est obligée). «Mais nous ne voulons pas encourager l'aspect micromanagement à devenir le point focal des investisseurs au lieu de la stratégie à long terme. Les objectifs sur une année sont amplement suffisants pour le marché.» D'autant que, si un élément majeur pour la stratégie et les résultats survenait, Logitech le communiquerait immédiatement au marché. «Tant que ce garde-fou existe, les guidances trimestrielles n'ont plus de sens.» Daniel Borel regrette que la culture boursière ait évolué de la sorte: «Alors qu'autrefois l'achat d'actions permettait de prendre un pari industriel sur des sociétés dont on appréciait la stratégie et dans lesquelles on s'engageait sur une durée assez longue, le marché est devenu un terrain de pure gestion financière permettant de faire de l'argent rapide, et il a fini par se déconnecter du paysage industriel.»

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