Nokia, SonyEricsson, Microsoft, Siemens, Motorola… Les plus grands groupes actifs dans le multimédia sont en train de développer des stylos numériques. Dans cette course effrénée à l'innovation, Logitech se taillait jusque-là une place de choix en ayant lancé, en novembre 2002 déjà, son propre stylo aux Etats-Unis, en Allemagne et en Autriche. La société basée à Romanel-sur-Morges vient de franchir une étape supplémentaire en acquérant 10,2% du capital du groupe suédois Anoto, principal fournisseur à l'échelle mondiale de systèmes de reconnaissance d'écriture pour stylos numériques. Logitech sera ainsi bien placée sur un marché à l'état encore embryonnaire, mais appelé à croître rapidement.

Attendu en Suisse pour fin 2003, voire début 2004, le «io Pen» de Logitech a l'apparence d'un stylo plutôt épais. Une microcaméra infrarouge située juste à côté de sa mine permet d'enregistrer dans sa mémoire tout ce qu'il écrit, jusqu'à une limite de 40 pages. Il est ensuite possible de transférer le texte vers un ordinateur sous forme de fichier Word, l'écriture manuelle étant convertie en caractères d'imprimerie. Comme tout stylo numérique, celui de Logitech nécessite un papier spécial sur lequel une grille de plusieurs millions de points est imprimée de façon très légère.

En participant à hauteur de 20,2 millions de francs à l'augmentation de capital d'Anoto, Logitech pourra renforcer ses liens avec son fournisseur suédois, et placer David Henry, «senior vice-president» du groupe suisse, au sein de son conseil d'administration. Pour Anoto, qui emploie 200 personnes, l'entrée de Logitech dans son capital ressemble à un bol d'oxygène. Le groupe, qui a réalisé un chiffre d'affaires de 37,2 millions de francs en 2002, a accusé un résultat d'exploitation avant amortissement (EBITDA) négatif de 59,5 millions. Contacté hier, Örjan Johansson, directeur du groupe Anoto, affirmait que celui-ci possédait suffisamment de liquidités, tout en reconnaissant que «l'entrée de Logitech dans le capital apporte de la stabilité pour la société». A noter que le fabricant Hitachi Maxell est lui aussi entré hier à hauteur de 2% dans le capital de la société suédoise.

Aussi fournisseur de Nokia et SonyEricsson, Anoto ne travaillera-t-il plus que pour Logitech? «Absolument pas, il n'y aura aucune exclusivité pour nous», affirmait hier Garreth Hayes, porte-parole du groupe suisse. «Nous sommes les seuls à proposer un stylo qui s'utilise avec un ordinateur, les autres stylos numériques fonctionnant avec des téléphones.» En effet, le «Chatpen» de SonyEricsson et le modèle «SU-1B» de Nokia communiquent avec un portable via la technologie Bluetooth. Ils permettent de griffonner, toujours sur un papier spécial, quelques mots, et d'y écrire un numéro de téléphone ou une adresse e-mail selon le destinataire. Le message est ensuite directement transmis via le téléphone mobile.

Encore deux facteurs limitants

Avec son stylo, Logitech vise deux types de clients. D'abord les professionnels qui doivent remplir régulièrement des formulaires. Un premier accord a ainsi été signé avec la société française Medimediapro, permettant à des médecins de remplir à la main ordonnances et tous types de documents. Autre clientèle visée, les étudiants et tous ceux qui doivent prendre régulièrement des notes, et qui veulent ensuite les transférer sur leur PC. Avec un prix de 249 euros en Europe (383 francs), le stylo de Logitech s'adresse pour l'heure surtout aux technophiles et aux entreprises. Contacté hier, Randy Giusto, analyste au bureau d'étude IDC, estime qu'il reste encore deux obstacles avant que les stylos numériques ne se démocratisent: «Le papier spécial est encore un facteur limitant, ainsi que la taille du stylo; il devrait ressembler à un stylo normal dans cinq ans environ.»