Une conseillère en entreprise dans une société de courtage en assurance, promue à deux reprises, à qui l'on demande de remplacer la réceptionniste durant l'été? A qui l'on refuse, contrairement à ses homologues, l'assistance d'une secrétaire en raison de son expérience propre comme secrétaire? Et que l'on paie moins que ces derniers parce qu'elle n'a personne sous ses ordres? C'est possible, mais c'est de la discrimination.

Ces faits font partie d'une affaire jugée par le canton de Genève, puis portée l'été dernier devant le Tribunal fédéral (TF). Ce dernier a admis la vraisemblance de la discrimination en fonction du sexe et renvoyé l'affaire au canton pour un nouveau jugement, en disant qu'il fallait revoir le salaire sous l'angle de la discrimination. Se greffait à cela un cas de harcèlement sexuel avec condamnation de l'employeur. Tout cela dans le secteur privé. Alors, une brèche s'est-elle ouverte?

Encore faudrait-il apprendre à reconnaître ce qu'est une discrimination, avertit Joanna Bürgisser, avocate à Genève et spécialiste du droit du travail. «Je suis étonnée du nombre de confrères qui, lors de discussions sur des cas relevant du droit du travail ne remarquent même pas que les questions se posent aussi sous l'angle de la LEg. Et du nombre de juges des prud'hommes qui ne l'ont pas lue une seule fois attentivement, alors qu'elle ne comporte que 18 articles. Il est tout aussi navrant que les femmes et les hommes de loi aient trop souvent tendance à justifier une inégalité par une autre sans s'en rendre compte.» Bref, la loi n'est pas encore entrée dans les mœurs. Quant à la résignation des femmes, elle semble encore conditionnée par la peur. «Elles hésitent à entamer des procédures pour beaucoup de raisons: crainte du licenciement, passer pour une incompétente, voire une castratrice, etc. Ce sont des raisons de nature personnelle. Il faut s'exposer publiquement, alors qu'on est déjà affaiblie par la non reconnaissance de ses compétences professionnelles. Il faut beaucoup de courage.»