La gestion de crise est devenue la norme dans le secteur touristique. Cette dernière décennie, les voyagistes ont tout vécu: marchés financiers en déroute, troubles politiques, guerres civiles, grippe aviaire, volcan islandais, tsunami, printemps arabe. Dernièrement, les actes terroristes en série – phénomène dont les conséquences sur l’industrie du voyage doivent être discutées cette semaine à Davos – ont contraint les agences à brader leurs offres. Car les attentats à répétition sont en train de laminer les destinations traditionnellement prisées des touristes suisses, notamment.

Paris en novembre 2015, Hurghada début janvier, puis Istanbul, Djakarta, ou encore Ouagadougou ces derniers jours; il ne passe plus un mois, voire une semaine sans qu’une bombe visant des vacanciers n’explose quelque part sur la planète. Où peut-on encore passer des vacances sans craindre pour sa sécurité? Petit tour d’horizon.


L'Albanie, si ensoleillée

Le petit pays offre une alternative, un peu aventureuse, à la Croatie et à la Turquie

Une côte de 362 kilomètres et jusqu’à 300 jours d’ensoleillement par an, vante l’agence Kuoni: des atouts qui laissent augurer pour cette petite république sortant peu à peu de son isolement le succès que connaît la Croatie depuis la fin des années 1990. Le pays a même sa Riviera. Elle s’étend sur une centaine de kilomètres le long de l’Adriatique entre Vlora (Vlorë en albanais, à 135 kilomètres au sud de la capitale Tirana) et Saranda. Le meilleur moyen de découvrir ces panoramas côtiers, idéalement entre mai et septembre, est la voiture, même si l’état des routes laisse encore beaucoup à désirer. Le patrimoine culturel vaut lui aussi le voyage; l’agence adria365, filiale de Kuoni spécialisée dans les Balkans, propose ainsi une semaine avec chauffeur et guide francophone à partir de 1539 francs par personne. Au programme, cuisine des Balkans et méditerranéenne et visite de plusieurs sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, notamment les vieilles villes de Berat et de Gjirokastër avec son bazar, à l’architecture typique de la période ottomane.  

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Le Maroc affine son offre

Dans un Maghreb sinistré par le terrorisme, le royaume reste apprécié des Romands, et pas seulement pour ses «last minute»

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le pays n’a «heureusement jamais vraiment «souffert» des attentats», selon Prisca Huguenin-dit-Lenoir, la porte-parole d’Hotelplan Suisse (propriétaire des marques Travel.ch, Vacances Migros, Hotelplan, Tourisme Pour Tous, Travelhouse et Globus Voyages). Alors que les Français se montrent frileux, le royaume chérifien, à trois heures et des poussières de Genève, reste apprécié des Romands derrière les destinations balnéaires «alternatives» convoitées que sont actuellement l’Espagne, le Portugal, l’Italie, les îles grecques et Chypre. Depuis plusieurs années, le Maroc s’est employé à affiner son offre et propose toute une gamme de formules différentes. Au-delà des last minute pour Marrakech ou Agadir, il est possible de combiner trek à travers les villages berbères du Haut Atlas et visite de Marrakech (à partir de 790 francs chez Atlas Sahara Travel, agence basée à Fribourg), de s’adonner à sa passion du golf ou de s’offrir une thérapie thalasso (Agadir ou Essaouira).

Signalons que la médina de l’impériale Fès, classée par l’Unesco dans les années 1980, est actuellement au cœur d’un vaste programme de rénovation qui doit prendre fin en 2017.


Très abordable, l’Iran a un grand potentiel

Sans alcool et avec voile, la Perse compense ses handicaps par un peuple chaleureux

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La République islamique a un «potentiel immense», souligne Reza Nafissy, directeur de Tech Travel. Son agence de voyages, désignée l’année dernière office du tourisme en Suisse par le gouvernement iranien, en préparation à la levée des sanctions internationales, propose par exemple la découverte, depuis Téhéran, la capitale, du «triangle d’or» formé par Ispahan, ville des mille et une nuits, Chiraz et Yazd, avec excursion à Persépolis, soit le vol et 14 nuits pour 4000 francs. Pour le contraste, rien ne vaut la mégapole – 9 millions d’habitants et très polluée – qu’est Téhéran, avec ses palais de la dynastie qajare (1781-1925) mais aussi la fabuleuse collection de son Musée d’art contemporain. Le pays, souligne Reza Nafissy, offre également la possibilité de skier dans plusieurs stations ou de faire de la plongée dans le golfe Persique. L’Iran reste destiné aux voyageurs aventureux et ouverts; si la situation est stable, le risque d’attentats «ne peut pas être exclu», selon le DFAE; l’alcool y est, officiellement, interdit, et le port d’un voile léger est demandé aux femmes. La joie des Iraniens de voir des touristes occidentaux justifierait à elle seule, dit-on, le voyage.  


Oman, îlot tranquille et haut de gamme

Dans un environnement tourmenté, le sultanat tranche avec son voisin yéménite par son Inébranlable tranquillité

Bordé par les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite et le Yémen, le sultanat est très loin de l’effervescence bling-bling de Dubaï. Sa situation géopolitique est stable, comme l’indique le DFAE: c’est un «îlot tranquille» dans la région selon Hubert Vereecke, dont l’agence romande Le Tigre Vanillé propose des séjours haut de gamme dans la région (compter 4800 francs par personne pour une semaine). Attention, à partir du mois de mars, il y fait très, très chaud. La destination est prisée pour ses infrastructures hôtelières et surtout la diversité de ses paysages, des zones désertiques (désert du Wahiba) et montagneuses (Grand Canyon d’Arabie) en passant par les villages de pêcheurs et les palmeraies. Sur la côte du golfe d’Oman, la petite capitale, Mascate, est bordée de plages gérées par les grandes chaînes hôtelières (Shangri-La y est installée depuis 2005). Immortalisée dans Le Secret de l’Espadon, premier épisode des aventures de Blake et Mortimer, la péninsule du Musandam est incontournable. Son relief escarpé lui vaut le surnom de «fjords d’Arabie». On y accède en kayak ou en dhow, bateau en bois traditionnel. Sable blanc, tortues marines et dauphins au programme. a.BT


Chypre est de plus en plus appréciée

Toujours divisée entre sud et nord, Chypre offre les mêmes attraits que la Grèce, en moins rebattus

C’est là, dit-on, que naquit la déesse Aphrodite. Alors même si la Grèce promet d’être la destination phare de 2016, il ne faudrait pas négliger la troisième île de la Méditerranée. Certes moins facile d’accès (vol direct depuis Zurich, ou via Vienne au départ de Genève), elle a à offrir 340 jours de soleil par an et une eau limpide qui peut atteindre les 30 degrés. Les vieux villages en pierre typiques estampillés Cyprus Villages revivent grâce à l’agrotourisme. Sandra Poget, de l’agence L’Atelier du Voyage à Lausanne, avoue un faible pour Paphos, sur la côte occidentale, aux mosaïques représentant Aphrodite, Artémis et Dionysos inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco. Réputée pour la chaleur de son accueil et sa cuisine de mezzes, feuilles de vigne farcies et poissons frais, l’île est riche d’une histoire mouvementée et d’influences diverses, comme le montrent les nombreuses églises byzantines.

La capitale, Nicosie, reste traversée par la «ligne verte» qui sépare aujourd’hui encore la partie nord, contrôlée par la Turquie, de la République. Une division qui n’ôte pas à Chypre son caractère paisible. 


BONUS

La Suisse se profile comme alternative sûre, mais onéreuse

 
La menace terroriste va-t-elle profiter au tourisme suisse? L’évolution des nuitées des voyageurs extra-européens le laisse penser. En novembre, tant les Américains (+6,4%) que les Chinois (+8,5%) ont passé davantage de temps en Suisse, selon l’Office fédéral de la statistique.

Les Suisses restent fidèles à leur pays, malgré l’augmentation de leur pouvoir d’achat dans la zone euro. En 2015, les nuitées se sont maintenues à + 0,2%. «Les gens ont un peu freiné sur les escapades urbaines à l’étranger, explique Pierre-André Michoud, vice-président d’Hotelleriesuisse. Mais, pour les stations alpines, la météo reste le facteur le plus déterminant.» Du côté d’Hotelplan Suisse, on évoque des réservations davantage portées sur le court terme: «Au vu de la situation géopolitique, les gens nous posent de plus en plus de questions. Même si l’offre reste marginale dans notre catalogue, la Suisse fait partie des lieux très demandés.»

En revanche, les nuitées des ressortissants européens ont diminué de 10,9% en 2015. En cause: l’abandon du taux plancher qui a renchéri le franc. Stéphane Perino, de l’agence de voyages en ligne Intobloo, estime que la Suisse «aurait pu être l’alternative touristique apaisante. Mais non, la BNS a anéanti tous nos espoirs dans un environnement déjà particulièrement difficile et complexe.»