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Guy Ryder, réélu ce lundi pour un second et dernier mandat à la tête de l'Organisation internationale du travail basée à Genève.
© JEAN-CHRISTOPHE BOTT

Emploi

L’OIT veut empoigner la 4e révolution industrielle

Seul candidat à sa succession, Guy Ryder vient d’être réélu pour cinq ans à la tête de la plus ancienne des agences onusiennes. Au cœur de son second et dernier mandat: l’«uberisation» de l’économie, les nouvelles technologies risquant de «disrupter» les institutions qui réglementent le monde du travail

Guy Ryder a été réélu ce lundi au poste de directeur général de l’Organisation internationale du travail (OIT), pour un second – et dernier – mandat de cinq ans dès octobre 2017. Normal? L’ancien syndicaliste de 60 ans était le seul candidat en lice. «Mon prédécesseur était aussi le seul à se présenter pour sa succession, mais à deux reprises», se défend celui qui, lors de sa première élection en 2012, avait face à lui sept autres prétendants.

Lire aussi: Le progrès et les pays émergents fabriquent plus de chômage qu’ils ne créent d’emplois

Sa feuille de route jusqu’en 2022: empoigner les défis liés à la 4e révolution industrielle. «Les nouvelles technologies vont à la fois créer et détruire des postes de travail, rappelle Guy Ryder. Nous ne savons pas exactement si nos enfants et petits-enfants auront un métier et lequel. Mais l’avenir n’est pas encore écrit, il dépend de l’intervention humaine.» Selon le patron de l’OIT, le futur dépendra davantage des décisions politiques qui seront prises, que des avancées numériques en soi. «Nous avons tort de réduire les effets de ces bouleversements à un bilan d’emplois générés ou supprimés. Il est plus urgent de se pencher en amont sur le potentiel du numérique qui, de par sa nature, a de quoi transformer la manière même dont on organise le travail.»

L’avenir 4.0

Traduction: si la mue s’accomplit comme prévu, via des méthodes de production disruptives – le rapport entre employeurs et travailleurs disparaissant au profit d’une relation essentiellement commerciale –, «il faudra absolument revoir toutes nos institutions pour réglementer ce changement de paradigme, source de frustrations autant que de dangers», résume Guy Ryder, qui reconnaît avoir suivi avec beaucoup d’intérêt les cas légaux portant sur le phénomène Uber.

La société californienne a été condamnée fin octobre au Royaume-Uni pour non-respect du droit du travail. Les Tribunaux britanniques ont considéré que les chauffeurs de la plateforme étaient apparentés à des employés et non pas à des indépendants, comme le revendique Uber. «Il s’agit là d’une percée sur le statut de toute une nouvelle catégorie de travailleurs, potentiellement précarisés. Cet arrêt s’annonce comme le précurseur de débats à venir. Nous verrons s’il s’agit d’un épisode anecdotique, ou au contraire d’une décision aux conséquences profondes», estime Guy Ryder.

Seule certitude pour l’heure: la diversification accélérée des formes travail et la remise en cause du système existant. «L’emploi standard, soit un contrat à plein-temps et de durée indéterminée, ne concerne que 25% de la main-d’œuvre mondiale», nuance Guy Ryder. Le solde est composé d’activités informelles, de temps partiel, d’emplois temporaires, etc. Cette diversité est-elle consubstantielle de la modernité, et par conséquent inévitable? «Nous sommes en droit de nous poser la question. Toutefois, si nous acceptons que le progrès prenne cette direction, il faut garantir que la qualité des emplois générés corresponde à nos attentes et aux critères d’un travail décent. Ce qui impliquera de trouver des réponses innovantes, soit des mesures non traditionnelles pour faire face à ces changements», préconise celui qui dispose pour ce faire d’un budget bisannuel stable de l’ordre de 863 millions de dollars.

Vers des emplois verts

Autre cheval de bataille: la mise en œuvre du Programme des Nations unies de développement durable à l’horizon 2030. «Mon institution a fortement contribué à inscrire les questions relatives au travail [ndlr: plein emploi, activité décente pour tous, égalité des genres, défense des droits, défis migratoires, etc.] dans cet agenda. Il s’agit à présent de transposer ces enjeux sur le terrain», assure Guy Ryder. Et ce dernier de préciser: «Nos systèmes de production doivent s’adapter. Par le passé, d’aucuns pensaient qu’il fallait choisir entre emploi et protection planète. Nous avons depuis compris que les deux objectifs peuvent aller de pair.»

Le patron de l’OIT entend aussi s’attaquer, alors que son institution fêtera centenaire en 2019, aux racines des inégalités salariales entre les hommes et les femmes. «Après avoir adopté, voilà 60 ans, les conventions clés en la matière, nous allons dorénavant agir sur les barrières structurelles, parfois implicites ou cachées, qui empêchent nos Etats membres de se conformer à leurs engagements», conclut Guy Ryder.

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