Rebondissement dans l’enquête internationale sur 800 millions de dollars de pots-de-vin présumés liés à Gulnara Karimova. La fille de l’ancien président ouzbek est soupçonnée d’avoir perçu d’importantes sommes afin de faciliter l’accès au marché des télécoms de son pays à trois multinationales. C’est maintenant au tour de la banque Lombard Odier de faire l’objet d’une enquête pénale, révèle l’hebdomadaire économique Bilanz. Contacté par Le Temps, l’établissement genevois déclare collaborer pleinement avec les autorités compétentes et ne souhaite pas commenter davantage un dossier en cours.

Doute sur le véritable propriétaire du compte

L’affaire remonte à 2009, lorsque le directeur général de la principale société de télécommunications ouzbèke, MTS, ouvre un compte chez Lombard Odier à Genève, via une structure offshore. Trois ans plus tard, un couple de compatriotes se présente à la banque. La femme affirme être la véritable détentrice du compte ouvert en 2009.

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Ne parvenant pas à joindre son client, la banque soupçonne une escroquerie, soit par usurpation d’identité, soit liée à du blanchiment. Elle envoie donc un signalement à l’autorité de lutte contre le blanchiment, le MROS.

Les deux Ouzbeks sont arrêtés, il ressort alors qu’ils sont des proches de Gulnara Karimova, la fille de l’ancien président ouzbek. Quelque 800 millions de dollars sont bloqués dans différents établissements suisses. La majorité de cette somme est détenue par le directeur de l’entreprise de télécoms ouzbek chez Lombard Odier – plus de 550 millions, selon le volet américain de cette enquête internationale. Recherché par Interpol depuis lors, l’homme reste introuvable. D’autres fonds liés à ce dossier ont été gelés en 2015.

Manquements dans l’organisation

Après près de cinq ans d’une enquête qui touche maintenant la Suède, la France, les Pays-Bas et les Etats-Unis, le Ministère public de la confédération a donc décidé le 14 décembre dernier d’ouvrir une enquête contre Lombard Odier. Les procureurs fédéraux soupçonnent la banque de manquements dans son organisation interne, qui auraient permis un éventuel blanchiment. Un ancien collaborateur de la banque et d’autres personnes non identifiées sont également visés.

Les enquêteurs fédéraux s’appuient sur l’article 102 du code pénal, que le procureur général de la Confédération Michael Lauber a décidé d’utiliser davantage en novembre dernier. Cette disposition permet de poursuivre une entreprise au plan pénal si elle n’a pas pris toutes les mesures «raisonnables et nécessaires» pour empêcher des actes intentionnels de blanchiment d’argent, de corruption ou d’organisation criminelle, notamment.

Ancienne résidente genevoise, Gulnara Karimova avait été ambassadrice de son pays auprès de l’ONU. Elle a par la suite été assignée à résidence dans sa propriété de Tachkent, la capitale ouzbèke. La femme de 44 ans a été entendue en décembre par des représentants du Ministère public ouzbek en présence de représentants du MPC, rappelle l’agence ATS.