Banque

Lombard Odier: «Notre plan d’économies a permis de compenser l’impact du franc fort»

La banque genevoise publie aujourd’hui pour la première fois ses résultats sur l’ensemble d’une année. Une performance jugée conforme aux attentes avec 120 millions de bénéfices. Patrick Odier et Hugo Bänziger, associés de la banque, reviennent sur ces chiffres

Le Temps: Comment jugez-vous les résultats 2014?

Patrick Odier: Ce sont des résultats conformes à nos attentes. Nous avons dégagé un bénéfice net de 120 millions de francs et nos actifs sous gestion atteignent 161 milliards, en hausse de 8,6 milliards (215 milliards pour les actifs totaux). Nous avons poursuivi nos investissements dans nos trois lignes d’activités: la clientèle privée, la gestion d’actifs et les services technologiques et bancaires. Elles sont toutes les trois bénéficiaires. Nous avons continué d’attirer des clients privés, nos produits ont montré de bonnes performances et notre pipeline de clients, intéressés à rejoindre notre plateforme de services bancaires, est encore bien rempli. Cela dit, pour garantir la qualité des services que nous fournissons, nous préférons ne pas accepter plus d’une ou deux grandes banques par année.

– Quels ont été ces investissements?

– Patrick Odier: Dans la clientèle privée, nous nous sommes développés en Europe et en Asie mais aussi en Suisse. Dans la gestion d’actifs, nous poursuivons notre recrutement et le développement de nos stratégies différenciées d’investissement. Nous sommes probablement l’une des seules banques à disposer d’une plateforme informatique unique pour l’ensemble de nos divisions et implantations, ce qui nous permet une grande efficacité. Nous avons en outre développé de nouveaux produits et nous avons investi dans la technologie pour proposer nos services sur tablettes, à la demande du client.

– Dans quelle mesure êtes-vous affectés par la décision du 15 janvier dernier de la Banque nationale suisse (BNS) de retirer son taux plancher entre le franc et l’euro et par la hausse du franc qui s’en est suivie?

– Patrick Odier: Le franc fort touche toute l’industrie. Nous sommes aussi concernés car nos coûts sont calculés en franc alors qu’une grande partie de nos revenus est libellée dans d’autres monnaies. Nous devons donc continuer à améliorer l’efficacité opérationnelle et chercher à aligner les coûts et les revenus. Cela signifie que nous allons continuer à investir dans nos implantations à l’étranger. Nous avons une plateforme en Europe, nous devons en profiter.

– Hugo Banziger: Il est clair que nous devons repositionner la banque pour profiter de la croissance là où elle est la plus dynamique et ce n’est pas toujours en Suisse. Dans la gestion d’actifs, nous avons enregistré une croissance rapide ces cinq dernières années, nous avons plus que doublé notre taille. Et 2014 a été la première année où la gestion d’actifs a contribué au bénéfice du groupe.

– Le développement de la gestion d’actifs a été souligné à de nombreuses reprises comme une piste pour renforcer la place financière suisse. La question du franc fort rend-elle ce développement impossible?

– Patrick Odier: Dans ce domaine, les marchés de croissance se trouvent plutôt en Europe. Mais la Suisse reste l’un de nos principaux marchés. D’où notre renforcement dans la gestion multi-actifs, pour répondre à une demande qui vient essentiellement des caisses de pension suisses. Nous voulons jouer notre rôle comme acteur suisse dans ce domaine aussi.

– Votre masse sous gestion est passée de 156 milliards l’été dernier à 161 milliards fin 2014. En termes d’argent frais, que cela représente-t-il?

– Patrick Odier: Nous avons eu des entrées nettes de fonds sur la clientèle privée mais des retraits pour ce qui concerne la clientèle institutionnelle. Il s’agit pour l’essentiel de mandats à faible marge et de clients qui ont choisi de se retirer de fonds monétaires. Au final, les sorties nettes s’élèvent à 2,5 milliards de francs, soit 1% de la masse sous gestion pour l’ensemble de 2014.

– Vous avez décidé de répercuter les taux d’intérêt négatifs de la BNS à vos clients, comment ceux-ci ont-ils réagi?

– Patrick Odier: Nous avons choisi de les appliquer à tous nos clients qui ne sont pas sous mandat, soit ceux qui ont choisi eux-mêmes de rester investis en argent liquide. Cela ne représente qu’une faible proportion de nos clients. La grande majorité, qu’ils soient privés ou institutionnels, vient chez nous pour investir et non pour déposer leurs liquidités.

– Hugo Banziger: Dès que la BNS a pris sa décision, nous avons tout de suite développé des produits pour permettre à nos clients de ne pas rester en cash. Nous avons aujourd’hui cinq solutions d’investissement à leur disposition. Les clients n’aiment pas les taux négatifs, c’est certain, mais ils comprennent pourquoi il y en a. Et nous nous efforçons de les aider à repositionner au mieux leur portefeuille, c’est notre métier.

– Patrick Odier: Tout en leur rappelant que s’ils achètent des actions à haut rendement par exemple, même suisses, ils n’encourront pas le même risque que s’ils restent investis en liquidités. Et qu’il leur faut donc se protéger.

– Vous avez un ratio de fonds propres de 22,6% qui sont déposés auprès de la BNS. Cette solidité ne vous coûte-t-elle pas trop cher aujourd’hui? Est-il imaginable de vous voir réduire vos avoirs déposés à la BNS?

– Patrick Odier: Nos clients apprécient cette sécurité et ils nous font confiance. Ils veulent que nous tenions notre promesse et que nous restions l’une des banques les mieux capitalisées de notre industrie. Cela ne nous a toutefois pas empêchés de commencer à rationaliser nos coûts.

– Hugo Banziger: L’été dernier, lorsque nous avons publié nos résultats pour la première fois, nous avions déclaré que notre ratio coûts sur revenus de 80% n’était pas satisfaisant, que nous devions être parmi les meilleurs de la classe et de viser aux alentours de 70%. Nous avons donc lancé un plan d’économies qui nous a permis de compenser l’impact du franc fort. Par ailleurs, nous voulons garder un ratio de fonds propres au-delà de 20%. Cela nous confère la sécurité nécessaire pour, à côté de cela, prendre certains risques et développer, notamment, nos activités à l’étranger.

– Où avez-vous fait des économies?

– Hugo Banziger: Ce n’est pas très compliqué. Nous avons par exemple demandé à nos gérants s’ils avaient vraiment besoin d’un terminal Bloomberg en temps réel ou s’ils pouvaient se contenter d’un décalage de 15 minutes. Ce qui représente une différence de prix de 1 à 20 entre les deux formules. Si vous êtes stricts avec ce type de dépenses, vous pouvez réaliser des économies conséquentes. On abandonne un certain luxe pour éviter d’autres mesures.

– On parle beaucoup de consolidation bancaire aujourd’hui, notamment à Genève. Etes-vous prêts à réaliser une acquisition?

– Hugo Banziger: Nous regardons les opportunités mais toujours avec beaucoup de précaution. Si nous n’avons pas la possibilité de passer en revue de manière approfondie les actifs en question, nous n’achetons pas. Pareil s’il s’agit d’actifs qui ne sont pas conformes à notre politique. Voilà pourquoi jusqu’à présent nous avons toujours préféré nous abstenir.

– Patrick Odier: Dans une phase de transition et de changement de paradigmes comme celle que nous connaissons actuellement il faut être prudent. Certains établissements souhaitent vendre pour de mauvaises raisons, d’autres effectuent simplement un redéploiement stratégique et se séparent de fonds de commerce très intéressants.

– Qu’avez-vous pensé des révélations liées à SwissLeaks?

– Patrick Odier: La place doit enfin pouvoir tirer un trait sur le passé. Et si des enquêtes doivent encore être menées pour le faire, il faut qu’elles le soient rapidement. Il faut maintenant espérer que nous puissions retrouver une situation où ces affaires du passé seront définitivement derrière nous.

– A ce sujet, pensez-vous pouvoir tourner la page du programme américain cette année [ndlr: Lombard Odier fait partie de la catégorie 2 du programme]?

– Patrick Odier: Nous l’espérons, mais ce n’est pas nous qui dictons le rythme.

– Votre établissement fait partie des banques suisses qui auraient été utilisées par d’anciens dirigeants brésiliens de Petrobas pour cacher de l’argent issu de la corruption. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet?

– Patrick Odier: La procédure étant en cours, je ne peux pas m’exprimer à ce sujet.

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