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L’ombre d’un survivaliste plane autour de SGS

Piero Falotti, homme d’affaires genevois expert de l’Afrique, et Piero San Giorgio, survivaliste affirmé, ne sont qu’un seul et même homme. Ces deux visages gênent-ils ses partenaires d’affaires?

Côté pile, Piero San Giorgio – un pseudo – est un survivaliste. Convaincu que la planète «va vers un effondrement global d’ici à 2025», le Genevois distille ses conseils pour «apprendre aux gens comment devenir résilients et moins dépendants du système». Via des livres – vendus à 60 000 exemplaires et traduits en russe, anglais, arabe, etc. – et via des vidéos sur Internet. Son nom est souvent associé à celui d’Alain Soral, depuis qu’il a donné une conférence avec l’essayiste français proche de l’extrême droite en 2012.

Côté face, Piero Falotti – son vrai nom – est un redoutable homme d’affaires, expert reconnu de l’Afrique. Lors d’un entretien avec Le Temps, il y a deux semaines, cet ancien du géant américain Oracle détaillait ses «20 ans de carrière dans le marketing international» et son «expérience des marchés émergents dans le milieu du logiciel».

Au registre du commerce, Piero Falotti apparaît comme membre du conseil d’administration de Business Investigation, une société basée à Gland. Il y côtoie quatre personnes, dont Enza Testa Haegi, femme de l’ancien conseiller d’Etat genevois Claude Haegi. Fondée en 2004, Business Investigation emploie 25 personnes et «édite une solution [nommée GPS] qui permet aux entreprises de maîtriser leurs performances», selon son site internet. «Piero est un ami proche et un expert en marketing. Je ne regrette pas de l’avoir choisi comme administrateur», expliquait le patron Bruno Ciroussel lorsqu’en octobre Le Temps l’avait contacté. Son nom a pourtant disparu ces derniers jours de l’onglet «gouvernance» du site de l’entreprise.

En parallèle, la société est en course depuis juillet pour décrocher un contrat de plusieurs millions de francs avec la multinationale SGS, selon nos informations. L’objectif serait pour Business Investigation de greffer sa «solution» au logiciel TradeNet, que la société de certification souhaite déployer au Gabon.

Cinq membres, quatre noms

«Business investigation nous a présenté ses solutions», confirme Roger Kamgaing par e-mail. Le vice-président exécutif de la division «Governments and Institutions Services» de SGS ajoute que le logiciel TradeNet a déjà été déployé au Ghana, en Côte d’Ivoire, au Mozambique et dans d’autres pays. «Si Business Investigation arrivait à vendre GPS à SGS, ce contrat pourrait faire décoller l’entreprise», explique une source qui suit l’affaire de près.

La face «survivaliste» de cet administrateur aurait-elle entaché l’image de la société alors que les discussions s’intensifient avec SGS? Pas selon le patron de Business Investigation: «Piero Falotti n’a pas assisté à une seule séance du conseil en 2014, il est débordé. Il nous a donc donné sa démission, en juin déjà.» Contacté à nouveau, Piero Falotti confirme, disant «avoir oublié» cette démission lorsque Le Temps l’avait contacté il y a deux semaines.

Faux, selon un proche de Business Investigation. La décision de se séparer de Piero Falotti aurait été prise dans l’urgence ces derniers jours suite à l’ébruitement de l’affaire. Sur l’onglet «gouvernance» du site internet de la société, le conseil est en tout cas toujours composé de «5 membres». Et ce, même s’il n’y figure désormais plus que quatre noms.

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