En mai dernier, Highlight Communication, spécialisée dans l'exploitation des licences de films, avait montré la voie en tant que première entreprise helvétique à prendre le chemin du Nouveau Marché de Francfort. Il est vrai qu'à cette époque la Bourse suisse n'avait pas encore ouvert son propre segment destiné aux sociétés de croissance, à savoir le Swx New Market, lancé cet été avec la cotation de l'entreprise américaine Biomarin (lire Le Temps du 17 juillet). Entre temps, le «Neuer Markt» de Francfort n'a pas chômé et les sociétés actives dans les technologies de pointe continuent d'affluer pour lever des capitaux sur un marché en pleine effervescence. En 1998, 71 compagnies y ont cherché une cotation. Artnet. com, en mai, faisait passer la barre des 100 entreprises inscrites et pour la seule année 1999, le nombre de sociétés cotées devrait grimper à 150.

Après Highlight, c'est aujourd'hui au tour de Fantastic, une autre compagnie suisse établie à Zoug active dans les solutions informatiques, qui veut lever en septembre entre 80 et 150 millions de francs par le biais d'une augmentation de capital. Mais de Swx New Market point de trace. Le Neuer Markt allemand s'arroge une nouvelle fois la cotation de cette compagnie fondée en 1986, employant 200 personnes en quête de mondialisation. «Lorsque nous avons pris la décision d'effectuer une entrée en Bourse, le nouveau marché suisse n'existait pas, explique Jürg Pollag, responsable des relations avec les investisseurs pour Fantastic. Nous avons examiné plusieurs possibilités, à savoir le Nasdaq, l'Easdaq sans négliger des contacts avec les responsables de la Bourse helvétique. Mais nous ne voulions pas, en tant que société relativement peu connue, essuyer les plâtres du nouveau segment suisse. De plus, nous cherchions un marché très liquide qui pouvait rapporter le maximum à la société comme aux investisseurs. Francfort a donc eu notre préférence dans ce processus long et difficile.»

La question qui se pose désormais est de savoir si avec un tel voisin, qui agit sur les jeunes entreprises de pointe comme un aimant, le nouveau marché suisse réussira son pari. «Ces marchés destinés aux sociétés de croissance, sans beaucoup de références mais avec des perspectives d'avenir prometteuses, se spécialisent, commente Guy Barbet de Lombard Odier & Cie. Dans ce contexte, Francfort est incontournable pour les compagnies actives sur Internet, laissant peu de chance à la Bourse suisse. En revanche, cette dernière peut tout à fait prétendre attirer les entreprises de biotechnologies grâce à un environnement extrêmement pointu dans ce domaine. Car pour une entreprise, le choix d'un marché se fait essentiellement en fonction du secteur dans lequel elle est spécialisée.» Et l'analyste d'assurer qu'il existe plusieurs entreprises de qualité actives de cette branche actuellement en discussion avec les responsables du Swx New Market.

Reste que la Bourse est un des acteurs et de loin pas le seul à pouvoir contribuer au succès de la démarche. C'est pourquoi les banques qui dirigent les syndicats d'émissions ont le devoir de publier périodiquement des analyses de fonds sur les sociétés pour lesquelles elles doivent en outre agir comme teneur de marché pendant un certain temps. Sans liquidité sur des titres transparents, il est en effet pratiquement impossible d'intéresser des investisseurs, même habitués à ce type de risques. C'est d'ailleurs là une des principales maladies de jeunesse qui frappent les nouveaux marchés, de plus très sensibles au comportement des anciens actionnaires des sociétés qui entrent en Bourse. Théoriquement, ceux-ci n'ont pas le droit de vendre leurs titres dans un délai de six mois succédant la cotation mais la moindre rumeur de vente met immanquablement le titre sous pression comme cela a été le cas à Francfort pour Ixos, LHS Group ou Artnet.

Un nouveau métier

Cette réactivité n'est certes pas encore l'apanage du Swx New Market avec son seul titre coté. Comme l'explique Christian Puhr, directeur de Renaissance, une fondation pour institutionnels dédiée au capital-risque, «en Suisse, tout est encore à faire. Avec ce nouveau segment de la Bourse, nous venons tout juste de déblayer le terrain. La balle est dans le camp des établissements financiers qui doivent faire le suivi de ces entreprises, créer des fonds de placement thématiques, faire de la propagande à l'étranger. Un nouveau métier. Mais c'est à ce prix que nous pourrons intéresser les investisseurs suisses et internationaux à des sociétés de biogénétiques, un segment où le nouveau marché de la Bourse helvétique peut tout à fait espérer se montrer plus performant que les autres».

Force est de constater que peu d'entités financières suisses s'intéressent à intervenir sur ces marchés. Même si la Banque Julius Baer a clairement annoncé son intérêt, seule Vontobel peut mettre en avant une solide expérience dans ce domaine avec une vingtaine d'introductions en Bourse à son actif. La banque zurichoise a établi une antenne à Cologne, essentiellement pour se rapprocher de ses clients institutionnels, mais également pour drainer vers Zurich toute entreprise allemande intéressée par une offre publique d'achat. L'arrivée de quelques sociétés étrangères spécialisées dans les jeunes entreprises de croissance pourrait contribuer à faire du nouveau marché suisse une place recherchée pour une cotation. Car sans acteurs efficaces et volontaires entourant ce segment de la Bourse, les cotations risquent bien de se compter longtemps sur les doigts d'une seule main.