Les enchères n'ont pas duré plus de dix minutes… La filiale de Yukos, Yuganskneftegas, a été vendue hier pour 9,35 milliards de dollars (11 milliards de francs) pour une mise à prix de 8,65 milliards de dollars. Mais la véritable surprise de cette parodie d'enchères qui ne comptait finalement que deux participants pour quatre inscrits est venue de l'acquéreur. Surgi de nulle part à la veille de la vente, Baïkalfinansgroup, totalement inconnu des milieux d'affaires, a raflé le joyau de Yukos pour 700 millions de dollars de plus que la mise à prix devant le seul candidat sérieux, Gazpromneft, la nouvelle filiale pétrolière de Gazprom.

Mais pour tous les observateurs, Baïkalfinansgroup n'est probablement qu'un faux nez de Gazprom, le géant public du gaz. Le dépeçage de Yukos qui a commencé hier vise autant à punir les ambitions politiques de Mikhaïl Khodorkovski qu'à créer un géant public des hydrocarbures sur les dépouilles de la première compagnie pétrolière russe. Mais un tribunal de Houston a sérieusement bousculé les projets du Kremlin en ordonnant vendredi la suspension de la vente des actifs de Yukos. La compagnie pétrolière cherche à se placer sous la protection de la loi américaine sur les faillites. Résultat, un consortium de banques emmenées par Deutsche Bank a alors décidé de suspendre un prêt de 10 milliards d'euros à Gazprom pour financer l'achat de la filiale de Yukos.

«Nous sommes pratiquement sûrs qu'il s'agit d'une structure liée à Gazprom, il s'agit d'une candidature de secours pour remporter les enchères», estime Steven Dashevsky, de la société d'investissement Aton. Pour les actionnaires de Menatep, qui dénoncent une spoliation, il est beaucoup plus facile d'obtenir la saisie d'actifs ou de livraisons d'une société internationale comme Gazprom que d'une société inconnue implantée en Russie, ne disposant probablement d'aucun actif.

Pour Kaha Kiknavelidze, la participation de Baïkalfinansgroup vise seulement à gagner du temps. L'analyste de la banque d'affaires Troïka Dialog n'exclut pas que «Baïkalfinansgroup décline finalement de payer les 9,3 milliards de dollars dans le délai de 14 jours qui lui est accordé par la loi, faisant ainsi de Gazprom l'unique vainqueur des enchères. Cela offrirait à Gazprom 14 jours supplémentaires pour accumuler les fonds nécessaires» au rachat de Yuganskneftegas. Erik Kraus, analyste du courtier Sovlink, partage le même point de vue. «La première certitude est qu'il s'agit d'un groupe agréé par le Kremlin, et que 99% des actifs vont finir dans les mains de Gazprom.»

Mais les actionnaires de Yukos n'ont visiblement pas l'intention de lâcher prise. «Le vainqueur des enchères d'aujourd'hui s'est acheté pour 9 milliards de dollars un sérieux mal de tête, a déclaré l'un des porte-parole de Yukos, Alexandre Chadrine. La compagnie, qui considère la vente de Yuganskneftegaz comme «illégale du point de vue du droit russe et international», continuera à «engager toutes les actions possibles dans le cadre de la loi pour défendre les dizaines de milliers d'actionnaires de Yukos contre la confiscation forcée et illégitime de leur bien».

Dresdner Wasserstein, assermentée par le Kremlin, avait évalué Yuganskneftegas entre 14 et 17 milliards de dollars. En tant que principal actif de Yukos grâce à une production supérieure à 1 million de barils de pétrole par jour, la filiale aurait dû, selon la loi russe, être vendue après d'autres biens secondaires.