Conjoncture

L’ombre de Trump plane sur l’Europe

Pour une cinquième année consécutive après la crise de 2007, la reprise sera au rendez-vous en 2017 dans l’Union européenne. Une embellie est constatée sur les fronts de l’emploi, de la dette et de la situation budgétaire

L’économie européenne garde le cap, mais elle n’échappe à des risques exceptionnels qui pourraient la faire dérailler. Parmi ceux-ci se trouvent les Etats-Unis, où le nouveau président Donald Trump souffle le chaud et le froid. Selon Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, le plan de relance annoncé par le nouvel occupant de la Maison-Blanche ouvre de belles perspectives pour l’économie américaine, mais aussi pour l’Europe et l’économie mondiale.

Premiers signes peu encourageants

«En revanche, si les Etats-Unis mettaient en œuvre leurs menaces protectionnistes, ce serait un coup dur pour la croissance mondiale», a-t-il souligné lundi lors de la présentation à Bruxelles des perspectives économiques d’hiver pour 2017 et 2018.

«Donald Trump est président depuis seulement 23 jours, a d’emblée temporisé Pierre Moscovici. Faisons preuve de prudence avant de crier au loup et n’oublions pas que les Etats-Unis sont nos partenaires et alliés historiques.»

L’ancien ministre français de l’Economie et des Finances a tout de même relevé que les premiers signes venus de Washington ne sont pas guère encourageants, entre le retrait de l’accord de partenariat transpacifique (TPP), la remise en cause des négociations d’un accord transatlantique de libre-échange (TTIP) ainsi que de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ou la menace de guerre commerciale avec la Chine.

Pas de conclusions hâtives

La Commission européenne se garde toutefois de tirer des conclusions hâtives sur les intentions du nouveau président américain. «Pour notre part, nous irons rencontrer nos homologues pour comprendre leurs véritables intentions», a précisé Pierre Moscovici. Après la visite aux Etats-Unis en fin de semaine dernière de Federica Mogherini, vice-présidente de la Commission et chargée des Affaires étrangères, le commissaire français se rendra à son tour à Washington dans une semaine pour engager le dialogue.

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Mais les risques et les incertitudes politiques se trouvent aussi en Europe, avec de nombreuses échéances électorales ces prochains mois. Notamment aux Pays-Bas, en France, en Allemagne, en République Tchèque, en Bulgarie et éventuellement en Italie. Pierre Moscovici a relevé que des formations politiques populistes et antieuropéennes gagnent du terrain notamment en France et en Italie, et constituent un danger pour l’Union européenne.

«Malgré son indépendance, la Commission a le devoir de s’engager dans le combat contre le populisme, a-t-il ajouté. Le populisme au pouvoir, c’est le retour garanti à l’inflation, à l’explosion du taux d’intérêt et à la dette.»

Le Brexit, un facteur de risque

Pierre Moscovici a, dans le même contexte, relevé que les négociations pour le Brexit, c’est-à-dire la sortie du Royaume-Uni de l’Union, allaient démarrer ce printemps, mais qu’elles représentaient aussi un facteur de risque pour l’économie européenne.

«Pour l’heure et nonobstant les risques, la reprise économique se poursuit en Europe pour la cinquième année consécutive, s’est réjoui le commissaire Moscovici. Et c’est la première fois en dix ans, c’est-à-dire depuis la crise financière qui a démarré en 2007, que tous les pays membres de l’UE doivent croître sur l’ensemble de la période 2016, 2017 et 2018.»

Optimisme sur l’emploi

Dans ses prévisions d’hiver, l’exécutif européen table sur une croissance de la zone euro de 1,6% en 2017 et de 1,8% en 2018, après 1,7% en 2016, un chiffre revu à la hausse par rapport à ses prévisions d’automne. Dans l’ensemble de l’UE, la croissance sera de 1,8% en 2017 et en 2018. «Nous avons tenu bon malgré les incertitudes, a-t-il déclaré. Désormais, nous devons veiller à ce que les fruits de la croissance soient partagés par toutes les régions et par tous les segments de la société.»

Les répercussions de cette embellie commencent à se faire sentir sur divers plans. Côté emploi, la Commission est optimiste, et table sur un taux de chômage en baisse, de 9,6% en 2017 et 9,1% en 2018. Il atteindra alors son niveau le plus bas depuis 2009, mais restera tout de même supérieur à son niveau d’avant-crise. La dette publique devrait baisser progressivement, pour passer de 91% du PIB en 2016, à 90,4% en 2017 et à 89,2% en 2018.

Selon Pierre Moscovici, la reprise a été soutenue par de nombreux facteurs, dont la politique d’assouplissement monétaire de la Banque centrale européenne (BCE). Il note néanmoins que les investissements n’ont pas encore retrouvé leur niveau d’avant crise en Europe.


La tragédie grecque perdure

Selon la Commission européenne, la Grèce devrait enregistrer une croissance de 2,7% en 2017. Le FMI est sceptique

Pierre Moscovici ne désespère pas face à la crise grecque qui dure depuis 1989. Selon les prévisions conjoncturelles de la Commission publiées lundi, le pays devrait enregistrer une croissance de 2,7% en 2017 et de 3,1% en 2018, après avoir traversé une longue récession et entrepris un vaste programme de réformes structurelles voulu par Bruxelles, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international (FMI).

Budget irréaliste

Son excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) serait en 2018 de 3,7% du PIB. Ce chiffre est contesté par le FMI, qui l’estime irréaliste et plaide pour un programme de désendettement. Plusieurs pays, à commencer par l’Allemagne, y sont opposés.

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A défaut, le gendarme de la finance mondiale réclame une hausse d’impôts et de nouvelles baisses des dépenses publiques. Le FMI va jusqu’à menacer de se retirer du programme d’aide de 86 milliards d’euros signé en 2015.

La Grèce doit honorer d’importantes créances d’ici l’été 2017, mais pour l’heure, les négociations pour débloquer des fonds piétinent. C’est dans ce contexte que le commissaire Moscovici se rendra mercredi à Athènes dans l’espoir de trouver une solution. (R. E.)

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