Guerre commerciale

L’OMC annonce des «fortes turbulences» en 2019

Le volume des échanges internationaux ne devrait croître que de 2,6% cette année, contre 3% en 2018 et 4,6% en 2017. Roberto Azevêdo, le directeur de l’Organisation mondiale du commerce, a appelé mardi à apaiser les tensions

C’est un Roberto Azevêdo dépité et désarmé qui a présenté les sombres perspectives du commerce mondial pour 2019 et 2020. «Après une croissance plus faible qu’escompté en 2018, le monde connaîtra encore de fortes turbulences cette année», s’est plaint le directeur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) mardi à Genève. Selon lui, les mesures restrictives (surtaxes et autres barrières) ont coûté 481 milliards de dollars en 2018, dont 350 milliards uniquement pour les Etats-Unis et la Chine.

En cause: la guerre commerciale qui, outre la Chine et les Etats-Unis, engage également l’Union européenne, le Japon, la Corée du Sud, la Turquie et la Russie. Autres facteurs: l’accroissement de l’incertitude économique au niveau mondial et l’atonie des importations en Europe et en Asie. «Oui, je multiplie les contacts avec les autorités chinoises et américaines, mais je n’ai aucune influence sur les négociations en cours en vue de désamorcer les tensions», a regretté le Brésilien qui dirige l’OMC depuis septembre 2013.

Enième négociation sino-américaine

Hasard du calendrier, des diplomates chinois et américains de haut rang se retrouvent dès ce mercredi à Washington pour un énième tour de négociations. Les Etats-Unis ont en effet repoussé l’échéance du 1er mars à une date non précisée pour augmenter les droits de douane sur des importations en provenance de Chine. Le président américain Donald Trump a laissé entendre qu’une solution négociée pourrait être arrêtée ces prochaines semaines.

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Selon l’OMC, le volume des échanges des marchandises devrait croître de 2,6% en 2019, contre 3% en 2018 et 4,6% en 2017. «Dans un contexte de tensions exacerbées, ces perspectives n’ont rien d’étonnant, a poursuivi Roberto Azevêdo. Dans ces circonstances, le commerce ne peut pas jouer pleinement son rôle de moteur de la croissance mondiale.» Il a rappelé que les prévisions conjoncturelles mondiales pointent déjà vers un ralentissement en 2019. En cas de reprise, les échanges augmenteront de 3% l’an prochain.

Pas de gagnants ni de perdants

A présent, la guerre commerciale est certes engagée principalement entre les Etats-Unis et la Chine. Le directeur de l’OMC craint le pire au cas où le président américain Donald Trump irait de l’avant avec sa menace d’imposer des surtaxes sur l’automobile. Une telle mesure frapperait tant l’Union européenne que le Japon. «Toute nouvelle mesure tarifaire augmentera les tensions et freinera davantage les investissements et le commerce, avance-t-il. Je n’ose pas imaginer les conséquences en cas d’un Brexit chaotique. L’Union européenne absorbe près de 50% des exportations britanniques.»

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«Il n’y a pas de gagnants et de perdants dans une guerre commerciale, a encore poursuivi Roberto Azevêdo. Tout le monde est perdant. Tout au plus, certains secteurs, à l’instar de l’agriculture brésilienne qui exporte davantage de soja en Chine, en tirent des bénéfices.» En effet, Robert Koopman, chef économiste de l’OMC, a observé une certaine réorientation des échanges qui s’organise depuis l’an dernier. La chaîne mondiale de valeur s’est raccourcie dans certains cas. Par exemple, des fabricants américains ont transféré des unités de production de Chine vers le Mexique.

Les tensions commerciales entre Etats ne sont pas sans conséquences sur le fonctionnement et la crédibilité de l’OMC. «Non, l’institution n’est pas paralysée, a rassuré son directeur. C’est sans doute dans des moments de tensions qu’on a le plus besoin du système.» Selon lui, le mécanisme d’arbitrage est particulièrement sollicité dans ce contexte de crise.

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