C'est une décision historique qui va sans doute peser sur l'ensemble des relations économiques internationales. Ce jeudi, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a confirmé en appel la condamnation des subventions versées par les Etats-Unis à ses producteurs de coton. Ce verdict final est le premier qui vise les subventions agricoles. Il ouvre surtout la voie à d'autres plaintes que des agro-exportateurs pourraient déposer contre les Etats-Unis, l'Union européenne, le Japon, la Corée du Sud, la Norvège, mais aussi la Suisse. Dans l'ensemble, ces derniers consacrent près de 350 milliards de dollars par année pour soutenir leur agriculture.

L'affaire du coton a commencé en septembre 2003. Le Brésil, autrefois l'un des grands exportateurs mondiaux mais désormais le second importateur, se dit lésé par les subventions américaines et dépose une plainte auprès du gendarme du commerce mondial. Selon lui, l'aide de 2,67 milliards de dollars versée chaque année aux «farmers» du Midwest conduit à la surproduction et, par conséquence, à la chute des prix sur le marché mondial. Ce qui, selon le Brésil, a contraint des milliers de petits producteurs à abandonner leur culture devenue peu rentable.

Le géant sud-américain a certes de vastes plantations de coton, mais au moins un tiers de la récolte est produit dans 80 000 petites exploitations. A titre de comparaison, les Etats-Unis ne comptent qu'une trentaine de milliers de producteurs. Les plus importants peuvent toucher jusqu'à 100 millions de dollars de subventions par année. Ce n'est pas un hasard si les Etats-Unis sont les premiers exportateurs mondiaux de coton. Ils produisent 10 millions de ballots (un ballot = 250 kilos). A lui seul, le Texas met 4,5 millions de ballots sur le marché. Dans ce bastion républicain, les agriculteurs sont catégoriques: aux prix mondiaux actuels, le secteur ne pourra pas survivre sans les subventions.

Négociations en cours au Kenya

L'OMC a rendu son premier verdict en septembre 2004, trois mois avant l'élection présidentielle. «Vous pouvez être certains à cent pour cent que nous allons faire appel contre ce verdict. Nous sommes engagés dans un marathon plutôt que dans un sprint, avait assuré Robert Zoellick, le chef négociateur américain. Nous allons nous battre jusqu'au bout pour sauvegarder les intérêts de nos agriculteurs.»

Hier, la réaction de Washington a été moins offensive et surtout laconique. «Ce sont les résultats qui nous importent, et non les litiges, a déclaré Richard Mills, porte-parole du Département d'Etat américain au commerce. Nous obtiendrons ces résultats grâce aux réformes agricoles globales qui sont actuellement en discussion à l'OMC. Celles-ci portent sur les subventions à la production, les aides à l'exportation et l'accès aux marchés.» Enfin, Richard Mills a déclaré que la marche à suivre sera décidée après une lecture détaillée du verdict (311 pages) par Washington et par les producteurs de coton, les premiers concernés.

Le Brésil n'a pas commenté sa victoire hier. Ses principaux négociateurs commerciaux se trouvent actuellement au Kenya où une trentaine de pays tentent de débloquer les négociations du cycle de Doha. Celles-ci sont en panne par manque d'engagements. Les pays en développement, dont le Brésil, exigent justement la fin des subventions agricoles. Pour leur part, les pays industrialisés demandent d'abord des concessions dans les domaines des Services et des Produits industriels.

A Genève, c'est Oxfam, le groupe de pression qui accompagne les pays en développement dans les négociations commerciales, qui a salué le verdict sur le coton. «L'OMC a dit son dernier mot et c'est au tour des Etats-Unis de mettre fin aux subventions qui provoquent la surproduction et qui faussent le jeu du libre-échange», a déclaré sa porte-parole, Céline Charvériat. Selon elle, le dumping américain pénalise certes les paysans brésiliens, mais il provoque également un manque à gagner de près de 400 millions de francs aux pays d'Afrique de l'Ouest où 10 millions de personnes dépendent exclusivement des exportations de coton pour leur survie. Deux pays, le Tchad et le Bénin, s'étaient constitué partie prenante dans le conflit.