Un point commun entre la Chine et la Suisse? Les deux pays vendent et achètent principalement des produits manufacturés. Cette ressource représente 88% des exportations de Berne et 81% de ses importations, contre respectivement 94% et 58% pour Pékin. Les similitudes s’arrêtent là.

Selon une radiographie de 32 pages, publiée cet automne par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), tout sépare les deux nations. Par exemple, la part helvétique dans les échanges mondiaux dépassait à peine les 1% en 2013. Ce qui classe la Suisse au 17e rang des nations exportatrices et au 19e des principaux importateurs.

La Chine, elle, se hisse plutôt à la 2e et à la 3e place, avec des volumes échangés en moyenne dix fois supérieurs (plus de 2000 milliards de dollars) à ceux de son partenaire commercial privilégié depuis l’été 2014, date à laquelle son accord de libre-échange avec la Suisse est entré en vigueur. L’OMC s’est naturellement penchée sur le diagnostic de ce texte bilatéral qui, pour Berne, est le plus important jamais conclus depuis celui avec l’Union européenne (UE) en 1972. Initié en janvier 2011 et signé au terme de 9 rondes de négociations, l’accord avec Pékin est, selon la Confédération, un exemple de libéralisation «exhaustive».

Le marché suisse, pas prioritaire pour les exportations chinoises

Mais au vu de l’interprétation qu’en fait l’entité basée à Genève, le rapprochement sino-helvétique traduit plusieurs déséquilibres. La Suisse est par exemple la 8e source d’importations pour la Chine et son 45e marché d’exportation. Alors que Pékin représente la clé des exportations helvétiques en Asie. C’est même sa troisième plus importante destination – après l’UE et les États-Unis – et sa deuxième base d’importations au monde.

Les volumes d’échanges annuels entre Pékin et Berne dépassent les 20 milliards de francs. Les machines «Made in China» et le textile, soit plus de la moitié de ce que vend la Chine à travers la planète, constituent le 55,4% des importations chinoises en Suisse. Mais les principaux biens helvétiques achetés par Pékin sont – par ordre d’importance, devant les produits pharmaceutiques et l’horlogerie – des machines, des instruments d’optique ou des articles issus du secteur chimique. Ces trois catégories de produits comptent pour 43,8% de toutes les importations chinoises à travers le globe. Ensemble, elles pèsent cependant 70,5% du total des exportations suisses.

Conséquence de ces disproportions: dans le cadre de son accord avec la Chine, la Suisse a immédiatement aboli la presque totalité de ses tarifs d’importation de produits industriels. Berne a toutefois maintenu des barrières sur quelque 619 articles, tout en conservant une protection totale de 254 produits dits sensibles.

A contrario, Pékin a négocié un démantèlement beaucoup plus progressif de ses droits de douane. À travers un calendrier s’échelonnant d’une mise à zéro immédiate de ses barrières à l’importation, puis après 5, 10 et parfois 12 à 15 ans. Il est toutefois prévu, à terme, que les barrières chinoises soient maintenues pour 457 produits clés, soit près du double que pour la Suisse.

Poids commerciaux plus équilibrés dans les services

En matière de services, en revanche, l’écart de poids entre la Chine et la Suisse est moins flagrant, à en croire l’OMC. Berne totalise en effet jusqu’à 1,23% des échanges mondiaux avec une balance commerciale positive en la matière, contre maximum 6,73% pour Pékin, accusant un déficit dans ce domaine.

Le texte se veut évolutif, avec une adaptation, voire une amélioration des conditions-cadres tous les deux ans. La prochaine révision générale interviendra donc en 2016. En l’état, le traité inclut déjà des domaines inédits pour la Chine, dont les marchés publics et la propriété intellectuelle. En contrepartie, Berne a accepté d’assouplir ses procédures de visas, notamment d’affaires, et d’ouvrir davantage ses secteurs touristiques, de traduction, de services postaux, de transport maritime ainsi que de services immobiliers.

«Les parties se sont aussi engagées à mener un dialogue sur leur coopération en matière de médecine traditionnelle chinoise», précise la délégation chinoise à l’OMC. Conséquence: Tasly, le numéro un mondial dans ce secteur, avec un chiffre d’affaires annuel de 4 milliards de dollars pour 10 000 employés, s’est installé à Genève cet été. Le groupe prévoirait même d’investir dans une usine à Fribourg.

Bilan après un peu plus d’un an de bilatéralisme: les milieux professionnels helvétiques se font critiques, car frustrés de ne pas en ressentir encore d’effets concrets. Les observateurs, eux, évoquent – au plus tôt – 2018 pour les premières retombées. Sachant que le processus de libéralisation entre Berne et Pékin ne sera pas achevé avant 2028. Il atteindra 99,99% aux frontières helvétiques, contre 96,5% côté chinois.