L'alliance stratégique entre les Etats-Unis et l'Union européenne (UE) dans le cadre des négociations à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) est-elle en train de voler en éclats? De passage vendredi à Genève, Robert Zoellick, le chef négociateur américain, n'a pas voulu donner de réponse directe à la question. Mais force est de constater que l'entente transatlantique, notamment sur le dossier agricole, a du plomb dans l'aile. «Si on veut débloquer les négociations du cycle de Doha, nous devons mettre fin aux subventions aux exportations agricoles», a expliqué Robert Zoellick. Un message sans ambiguïté, qui cible la politique agricole commune. En effet, grâce aux aides communautaires, les exportateurs européens inondent les marchés étrangers, notamment africains, de viande, de blé, de céréales, de sucre, de lait, à prix cassés, au grand dam des producteurs locaux.

Faisant état de son périple qui l'a conduit en Asie et en Afrique, Robert Zoellick a expliqué que ses interlocuteurs insistent sur la nécessité d'en finir avec les subventions aux exportations agricoles. «L'agriculture est une priorité absolue pour les pays en développement», a-t-il dit. Et d'ajouter: «Nous ne demandons pas à nos amis européens d'agir dans la minute, mais de négocier un délai raisonnable. Pour notre part, nous sommes prêts à mettre de l'ordre dans les mécanismes de crédits à l'exportation et de l'aide alimentaire, qui comportent effectivement des éléments de subventions.»

Mise en garde

Ce n'est pas tout. Robert Zoellick a mis en garde contre toute manœuvre d'inclure les sujets de Singapour dans les négociations. Cet avertissement vise aussi l'UE. «Au mieux, les pays en développement entreraient en matière sur la facilitation de commerce. Oublions les trois autres (concurrence, achats publics, investissements), si nous voulons reprendre les négociations après l'échec de Cancún.» Selon lui, un accord-cadre est possible d'ici à la fin du mois de juillet.

La volte-face américaine qui ressemble beaucoup à un rapprochement avec le G20 (Groupe de 20 pays émergents qui réclament des concessions sur le dossier agricole à l'OMC), n'est pas passée inaperçue à Bruxelles. Et c'est par voie de presse que Pascal Lamy et Franz Fischler, respectivement commissaire européen au Commerce et à l'Agriculture, ont averti les Etats-Unis «des risques de turbulences dans les relations commerciales transatlantiques». Pascal Lamy a rappelé que Bruxelles s'apprête à prendre des sanctions contre les importations de produits américains. Ce après avoir eu gain de cause à l'organe de règlement des différends au sujet du Foreign Sales Corporation, une loi qui exempte les exportations des multinationales américaines des impôts.

Quant à Franz Fischler, en route pour les Etats-Unis où il doit rencontrer son homologue Anne Veneman, il a rejeté les accusations selon lesquelles l'UE serait la seule responsable de l'impasse à l'OMC.