Après le coup de semonce de Washington lundi contre l’OMC, l’UE, le Japon et les Etats-Unis ont tancé la Chine sur les subventions, l’accusant de concurrence déloyale, à l’occasion de la conférence de l’OMC. Sans la nommer spécifiquement, Bruxelles, Washington et Tokyo ont dénoncé la politique chinoise de dumping qui fragilise plusieurs secteurs d’activité, et l’exigence de transferts de technologie aux entreprises étrangères souhaitant s’implanter dans le pays asiatique.

«Nous nous sommes mis d’accord pour renforcer la coopération trilatérale au sein de l’OMC et d’autres forums, afin de supprimer ces pratiques de pays tiers, injustes, protectionnistes, qui déséquilibrent les marchés», selon une déclaration commune.

L’UE, les Etats-Unis et le Japon pointent «des conditions de concurrence déloyale, causée par des subventions et des entreprises publiques», «le transfert forcé de technologie», dans le texte diffusé mardi pendant la Conférence ministérielle de l’OMC à Buenos Aires. La surproduction d’acier en Chine a par exemple fait baisser le cours de l’acier et affecte l’industrie sidérurgique dans divers pays.

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Un attachement à l’OMC

Les négociateurs des 164 membres de l’OMC, réunis une fois tous les deux ans lors de Conférences ministérielles, travaillaient mardi d’arrache-pied sur la déclaration finale de clôture de la réunion, mercredi.

Cette initiative tripartite intervient au lendemain des déclarations du représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, qui a lancé un pavé dans la mare en séance plénière lundi, une énième critique de son pays en direction de l’OMC. «Nous sommes inquiets, l’OMC est en train de perdre son objectif essentiel et devient une organisation axée sur les litiges», a-t-il regretté.

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A l’inverse, l’Union européenne, la Chine et la majorité des pays ont serré les rangs pour souligner leur attachement à la mission de l’OMC, chargée de réguler le commerce mondial et d’arbitrer les conflits.

En dehors du cadre de ce rendez-vous, Européens et Sud-Américains discutaient les termes d’une éventuelle déclaration visant à marquer dans le marbre l’avancée des négociations en vue d’un accord de libre-échange. D’après des sources proches des négociations, un traité de libre-échange entre le bloc européen et le Marché commun du sud (Mercosur) sera paraphé à Brasilia le 21 décembre, ou au plus tard lors du sommet du Mercosur, ou lors du premier trimestre 2018. Avant cela, les négociateurs devront évacuer le point de blocage historique, le volume d’exportations de viande bovine sud-américaine vers l’Europe.

La défense du commerce au féminin

En marge de la conférence, 119 Etats membres, dont la Suisse, et observateurs ont adopté mardi une déclaration pour que les femmes puissent davantage participer au commerce mondial et à l’économie. «Nous avons convenu de collaborer à l’élaboration de politiques commerciales et de développement plus soucieuses de l’égalité» entre hommes et femmes, affirment ces pays. Parmi les mesures prévues, beaucoup portent sur le partage d’expériences ou d’indications sur les politiques menées.

Mais ils souhaitent aussi œuvrer de manière commune au sein de l’OMC pour atteindre cet objectif, notamment dans le cadre de l’aide pour le commerce. L’initiative a été pilotée par les Champions internationaux pour l’égalité, présidés actuellement par l’Islande, le Sierra Leone et le Centre du commerce international (ITC). Le Canada a été très actif. En revanche, les Etats-Unis, l’Inde, un certain nombre de pays africains et plusieurs Etats arabes n’ont pas soutenu la déclaration, a dit à l’agence de presse suisse (ATS) une source proche du dossier.

Les pays s’engagent à défendre «l’entrepreneuriat et le commerce au féminin», notamment l’accès des patronnes au financement et aux filières internationales. Ils souhaitent identifier les données qui manquent et les obstacles à la participation des femmes, notamment aux marchés publics.