Six milliards de dollars. A croire Pascal Lamy, directeur de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), les pays donateurs et les organisations internationales ont mis cette fabuleuse somme à la disposition de pays producteurs africains de coton. Ces derniers, mais plus particulièrement le Bénin, le Tchad, le Burkina Faso et le Mali, désormais connus sous le nom de C4, sont montés au front à l'OMC pour réclamer la fin des subventions à la production cotonnière aux Etats-Unis et en Europe. Celles-ci, selon eux, encouragent la surproduction et font déprimer les cours sur le marché mondial.

En attendant, ils demandent une compensation pour pallier le manque à gagner, mais aussi pour moderniser la filière cotonnière.

L'OMC reconnaît les deux revendications. Alors que le volet commercial est en discussion dans le cadre du Cycle de Doha, c'est Pascal Lamy personnellement qui s'occupe de celui du développement. C'est lui qui, il y a environ un mois, a fait circuler une liste de programmes et de promesses pour la somme de 6,4 milliards de dollars.

Faux espoirs

«Cette liste est immorale, a tonné Moudjaïdou Soumanou, ministre béninois du Commerce la semaine dernière à Genève. Des mêmes chiffres sont inscrits plusieurs fois. Des programmes déjà terminés sont mentionnés. De nouvelles promesses ne sont pas claires. Et surtout, plusieurs sommes qui n'ont rien à voir, directement ou indirectement, avec le coton font gonfler artificiellement les chiffres totaux.» Selon cette liste dont Le Temps a obtenu une copie, plus de 4 milliards de dollars représentent des remises de dettes par le Fonds monétaire international. Une vingtaine de pays sont concernés, mais la majorité ne produit même pas une balle de coton.

«C'est de la ruse que de faire miroiter de telles promesses, estime une personne proche du dossier. Grâce à cette générosité, même si elle n'est que sur papier, l'OMC espère apaiser les producteurs africains de coton. Pascal Lamy n'oublie jamais que ces derniers peuvent faire capoter tout l'accord du Cycle de Doha.»

L'OMC se défend de vouloir donner de faux espoirs. «Nous n'avons pas d'argent et nous ne faisons pas de l'aide au développement, répond Keith Rockwell, porte-parole de l'organisation. Le directeur général agit dans le cadre de son mandat et fournit des chiffres qu'il reçoit de la part des pays donateurs et d'organisations internationales.»

«Pascal Lamy a aussi un mandat de proposer un mécanisme pour faire face aux baisses de revenu dans le secteur du coton jusqu'à la fin des subventions. Je le lui ai dit la semaine dernière», a affirmé le ministre Soumanou.