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L’OMC minimise les menaces de Donald Trump

Dans une interview diffusée jeudi soir, le président américain s’est dit prêt à retirer son pays de l’Organisation mondiale du commerce. Roberto Azevedo, son directeur, relativise la menace

Comité de crise vendredi matin à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Genève. L’imprévisible président américain venait de frapper une nouvelle fois. Dans une interview diffusée jeudi soir par l’agence Bloomberg, Donald Trump a menacé de se retirer de l’organisation si ses appels à une restructuration n’étaient pas entendus. Tant pendant sa campagne électorale en automne 2016 que durant ces derniers mois, il n’a pas cessé de critiquer l’OMC. Mais sa dernière attaque ne pouvait être plus directe.

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C’est dans ce contexte que Roberto Azevedo, le directeur de l’OMC, a convoqué sa garde rapprochée pour une réunion d’urgence. La stratégie de relativiser la menace du président américain, tout en évitant de l’offusquer, a été arrêtée après de longues délibérations.

«Il n’y a pas de nouveautés dans la menace de Donald Trump, a-t-il commenté lors d’une rencontre avec Le Temps. Les Etats-Unis mais aussi d’autres Etats appellent à améliorer le fonctionnement de l’organisation. Il est normal que toute institution s’adapte aux besoins du jour.» Et d’ajouter: «Cela se complique lorsque ce qui est un problème pour un membre ne l’est pas nécessairement pour l’autre.»

Complaintes américaines

Robert Azevedo énumère les complaintes américaines: l’Organe de règlement des différends ne remplit plus son rôle; l’OMC n’est pas outillé pour traiter certains types de subventions à des activités industrielles (étatiques), qui pourtant faussent les échanges commerciaux; les règles sur la protection de la propriété intellectuelle ne sont pas appliquées et enfin, les subventions à la pêche se poursuivent sans que l’organisation puisse agir.

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«Face à ces revendications, les membres de l’OMC ne sont pas restés les bras croisés, assure le directeur de l’OMC. Ils veulent trouver des solutions.» Roberto Azevedo se félicite aussi que le président français Emmanuel Macron ait appelé à planifier une grande conférence sur les réformes de l’organisation. En effet, les Etats-Unis, l’Union européenne et le Japon jouent les premiers rôles dans ce débat. Même la Chine montre un certain intérêt. «Elle est pragmatique et favorable à un système commercial multilatéral qui fonctionne», commente Roberto Azevedo.

Une autre bombe

Dans son interview à Bloomberg, le président Trump a lâché une autre bombe. Alors qu’un cessez-le-feu avait apparemment été conclu fin juillet entre Jean-Claude Juncker, le chef de l’exécutif européen, et Donald Trump, ce dernier a déterré la hache de guerre en déclarant que l’offre européenne d’abandonner les tarifs douaniers sur les importations automobiles américaines n’était pas suffisante. «L’Union européenne est presque aussi méchante que la Chine, a reproché le président américain. Mais en plus petit.»

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Autant dire que le directeur de l’OMC se dit profondément inquiet de l’escalade dans la guerre des droits de douane. «On ne saurait jamais dire à quel stade les tensions commerciales se transforment en guerre ouverte, mais très clairement, le nombre de mesures restrictives augmente tout comme les montants des marchandises frappées, relève-t-il. Le nombre de pays impliqués directement est également en hausse.»

Roberto Azevedo poursuit: «Je ne peux qu’espérer que les réformes qui en sont seulement au stade des discussions, se matérialisent rapidement et conduisent à un apaisement. Je peux toutefois affirmer que les tensions commerciales ne disparaîtront pas du jour au lendemain. D’autant plus que parfois, les mesures protectionnistes correspondent surtout à des enjeux de politique locale.» Quoi qu’il en soit, selon lui, l’économie mondiale subit déjà les conséquences des mesures protectionnistes.

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