«Je ne dis pas que le protectionnisme a conduit à la Seconde Guerre mondiale et à la Shoah. Mais les historiens reconnaissent que cette mécanique infernale a mené à la catastrophe.» Solennel, le directeur de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a ainsi commenté les risques liés à un échec des négociations du Cycle de Doha, tout en soulignant que le monde d'aujourd'hui est heureusement beaucoup plus régulé et plus discipliné.

C'était mardi lors de la publication du Rapport annuel du commerce mondial. L'édition spéciale 2007, un pavé de 468 pages, marque les 60 ans du système commercial multilatéral, depuis la signature de l'Accord général sur les droits de douane et le commerce (GATT) le 1er janvier 1948 à Genève, devenu l'OMC en 1995. «Le système a relativement bien fonctionné même s'il n'a pas fait tout ce qu'il aurait pu faire, notamment pour les pays en développement», a ajouté Pascal Lamy. Et d'appeler les 151 membres à tenir leurs promesses en concluant l'année prochaine le Cycle de Doha lancé en 2001.

Doha progresse

Le directeur de l'OMC a profité de l'occasion pour remettre les pendules à l'heure à propos des négociations en cours. «Elles avancent, même si cela ne se fait pas à la vitesse de la lumière. Lorsqu'on débat de 20 sujets entre 151 pays, le consensus est difficile. Il n'empêche que des progrès concrets ont eu lieu par rapport à la même période de l'année dernière.»

Les défis de l'après-Doha

Le rapport 2007 met en exergue un certain nombre de défis que l'OMC devra affronter à court et à long terme: les nouvelles formes de protectionnisme; les tensions entre le protectionnisme et une défense légitime des intérêts nationaux; le commerce de l'énergie qui n'est régulé actuellement par aucun règlement international et la multiplication des accords bilatéraux de libre-échange. A ce chapitre, Pascal Lamy juge réjouissant qu'un plus grand nombre de pays en développement se trouvent dans une position qui leur permette de pouvoir négocier avec d'autres partenaires. «Ces accords sont une réalité. Il faut maintenant savoir s'ils représentent une menace pour le système multilatéral», a-t-il déclaré.

Pascal Lamy s'est dit favorable à l'inclusion du secteur de l'énergie dans l'OMC, dans la mesure où plusieurs membres en sont des producteurs. Par contre, cette question fera l'objet de discussions dans l'après-Doha.

Sans donner de piste, Pascal Lamy pose la question du système de vote de l'OMC. Depuis 60 ans, toutes les décisions sont prises à l'unanimité. Mais ce mécanisme empêche la flexibilité et a le potentiel de paralyser les travaux. «Le principal défi sera de trouver l'équilibre entre l'efficacité et l'inclusion», a-t-il fait remarquer.

Elections américaines

Pascal Lamy ne s'inquiète pas particulièrement de la mise en cause du principe de libre-échange dans le cadre de la campagne électorale au Etats-Unis. «Le commerce fait désormais partie du débat national dans de nombreux pays. C'est légitime. Le commerce crée la richesse, mais cela ne veut pas dire que celle-ci est équitablement distribuée à l'intérieur d'un pays. Je reconnais aussi que la libéralisation nécessite des ajustements qui ne sont pas toujours faciles. Mais ces questions ne concernent pas directement l'OMC», a-t-il répondu.

Ralentissement en 2008

Le rapport de l'OMC fait remarquer que le volume du commerce mondial a été multiplié par 27 en 60 ans. La progression est trois fois plus rapide que celle du PIB mondial, multiplié par huit sur la même période. Pour 2006, les exportations de marchandises ont augmenté de 8%, contre 6% l'année précédente. En 2007, la progression sera d'environ 6%. L'OMC s'attend à un ralentissement pour 2008, notamment en raison de la crise du crédit aux Etats-Unis.