Commerce

L’OMC s’accorde une nuit blanche supplémentaire à Nairobi

La 10e Conférence ministérielle devait prendre fin vendredi midi. L’échéance a été une première fois repoussée de douze heures. Avant que des pays les délégations ne se résolvent à refaire le point ce samedi matin, faute de consensus sur les questions agricoles, notamment

Reprendre l’état des lieux, dès potron minet. Voilà la seule décision concrète prise ce vendredi à Nairobi, lors de la Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En cause: l’épineux dossier agricole. De sources diplomatiques, le problème ne viendrait pas de dissensions Nord-Sud. Mais entre pays en développement, Inde et Brésil en tête. Les délégations concernées restent à couteaux tirés, notamment, sur les questions de sauvegarde spéciale. Soit le mécanisme permettant d’augmenter temporairement les droits de douane sur plusieurs marchandises en cas d’importations trop importantes ou de recul des prix.

«Beaucoup d’entre nous ont décalé leur vol», résume sur son blog Cecilia Malmström, commissaire européenne au commerce. Et la Suédoise de nuancer: «Je crois qu'un accord décent est désormais à portée de main, sur les différents types d’aides aux exportations pour les produits agricoles. Voilà 50 ans que nous avons supprimé ces pratiques concernant l’industrie. Il est grand temps que nous fassions de même pour les autres marchandises. Si nous ne parvenons pas à entendre ici et maintenant, ce serait une véritable honte.»

Le rouleau compresseur indien?

La Suisse est en première ligne sur ce dossier, vu quelle se dit prête supprimer ses subventions aux exportations de produits agricoles transformés à base de lait et de céréales, dont profitent des labels tels Kambly, Nestlé ou Toblerone. A ce stade, Berne devrait accepter un compromis partiel, fixant l’abandon de sa «loi chocolatière» d’ici à 2020, mais sans échelonnement. La pomme de discorde concerne plutôt l’Inde qui, dans le cadre du soutien à ses ventes de sucre à l’étranger, bénéficierait d’un délai supérieur de huit ans. Inacceptable pour les Etats-Unis, notamment.

Autre écueil résiduel: les crédits aux exportation agricoles, mécanisme plus subtil que les subsides, mais produisant les mêmes effets de distorsion du marché. Selon le projet de texte, Washington devrait s’engager à limiter le remboursement de ses prêts à 18 mois au lieu de deux ans. Mais l’Inde – entre autres – souhaite réduire davantage ce délai.

L’OMC va s'efforcer de jouer son va-tout dans l’obscurité de vendredi à samedi. «Le fait qu’il y ait des tensions aigües n’est pas forcément négatif. C’est signe que l’on est à bout touchant», supposent plusieurs lobbyistes, parés à ne pas fermer l’oeil de la nuit. Et l’un d’eux de conclure: «Pour l’heure, personne n’est prêt à endosser seul la responsabilité d’un échec. D’autant plus que la ligne d’arrivée n’est pas le dossier agricole. Mais la réaffirmation ou l’abandon de Doha [ndlr: cycle de négociation aux soins intensifs depuis 14 ans]. Mais fixer le contenu de l’après-Nairobi s’annonce délicat.»

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