La Commission européenne vient d'allouer les quotas de pêche au thon rouge en Méditerranée et dans l'Atlantique pour 2007. Objectif: restaurer la population de cette espèce menacée par une surpêche généralisée. En réalité, ce phénomène inquiète des scientifiques et des écologistes qui mettent en garde contre la disparition graduelle du poisson. L'enjeu est de taille. Il s'agit de la principale source de protéines pour au moins un milliard de personnes et une source de revenus pour des milliers des communautés de pêcheurs aux quatre coins du monde. «Si la tendance actuelle se poursuit, les dégâts seront irréversibles d'ici à cinquante ans», avertit Courtney Sakai, porte-parole d'Oceana, un groupe de pression basé à Washington.

250% des besoins réels

Ce n'est pas par hasard qu'Oceana monte aux barricades en ce moment. Le dossier «pêche» sera traité en mars dans le cadre des négociations du Cycle de Doha à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Selon Courtney Sakai, un accord est possible à condition que l'Asie et l'Union européenne s'y engagent de façon constructive. Ce sont elles qui accordent les plus fortes subventions à leur industrie de pêche.

D'après une étude réalisée par l'université de British Colombia, le pillage des mers est subventionné à hauteur de 30 à 34 milliards de dollars par année. Une partie de cette somme est effectivement allouée à la protection des surfaces marines et à la conservation des espèces. Mais la plus grande partie finance l'achat de carburants et surtout la construction des bateaux de pêche. «Grâce à ces subsides, le monde compte une flotte 250% plus importante que les besoins réels», estiment les auteurs de l'étude. «Sans cette manne, de nombreux bateaux de pêche, vieux et peu compétitifs, resteraient en rade», écrivent-ils.

La part de «mauvaises» subventions est estimée à 20 milliards de dollars. Avec 2,1 milliards, soit 67% de l'ensemble de ses subventions, l'UE en est le champion. Par contre, sur les 20 premiers fournisseurs de «mauvaises» subventions, onze sont asiatiques.

En Europe, le Danemark, (1,3 milliard), l'Espagne (580 millions et la France 360 millions) sont les plus généreux. Au Danemark, les subventions représentent 80% des revenus des pêcheurs. Dans de nombreux pays, (Inde, Brésil, Gabon, Algérie), les sommes versées sont supérieures à la valeur des prises.

Pour Courtney Sakai, un consensus dans le dossier de la pêche à l'OMC est indispensable dans la mesure où tous les pays sont conscients des conséquences désastreuses de la surpêche.