Trois candidats se lancent officiellement ce mercredi dans la course pour le poste de directeur de l'Organisation mondiale du commerce. L'actuel titulaire, le Thaïlandais Supachai Panitchpakdi quitte ses fonctions le 31 août prochain. La procédure de sélection s'ouvre ce 1er décembre. Les candidats ont un mois pour se faire connaître. Ils seront entendus en janvier par le Conseil général qui réunit les 148 membres. Le choix sera arrêté au plus tard à fin mai. L'organisation veut à tout prix éviter un affrontement Nord-Sud, comme ce fut le cas en 2000. Elle avait fini par désigner Supachai Panitchpakdi et le Néo-Zélandais Mike Moore pour un demi-mandat chacun. A Genève, même les plus avertis des observateurs de l'OMC n'osent un pronostique. Les diplomates se contentent de rappeler que le nouveau patron aura la lourde tâche de conclure les négociations du Cycle de Doha. Lancées en 2001, elles ont à peine progressé.

Annonces et rumeurs

Le premier candidat est Luiz Felipe de Seixas Correa, ambassadeur du Brésil auprès de l'OMC. Fin tacticien, il incarne l'image même de la nouvelle diplomatie brésilienne, agressive et ambitieuse. Architecte du G20 (groupe de 20 grands pays émergents) qui croise le fer avec les pays industrialisés, ce diplomate de carrière estime que le Cycle de Doha ne peut pas aboutir sans un dialogue constant, d'abord entre les pays en développement, et ensuite entre ces derniers et les pays riches. «Les pays du Sud doivent s'engager à faire du commerce mondial un outil de croissance, de développement et de lutte contre la pauvreté», affirme-t-il. Venant du Brésil, acteur important tant au niveau politique que commercial, Luiz Felipe de Seixas Correa estime pouvoir renforcer le système commercial multilatéral au profit des pays du Sud.

Jayen Cuttaree, ministre mauricien des Affaires étrangères et du Commerce international, s'est fait remarquer à la conférence ministérielle de l'OMC à Cancun en 2003. Alors chef négociateur d'Afrique, il avait tenu tête aux Etats-Unis et à l'Union européenne sur le coton. Ce dossier avait largement contribué à l'échec de Cancun. Avocat de formation, le ministre mauricien croit que la libéralisation économique est inéluctable. Il y va de l'intérêt des pays du Sud. Mais il pense surtout aux Etats les plus vulnérables qui n'ont pas voix au chapitre. Il reconnaît que l'appui numérique des pays du Sud ne suffit pas pour diriger l'OMC. «Le plus important est de réunir un consensus autour de soi. Je n'aurais jamais été candidat si j'avais senti la moindre opposition de pays développés à mon égard», déclare-t-il.

Enfin, l'Uruguayen Carlos Peres del Castillo n'est vraiment pas un inconnu à Genève. Il a été ambassadeur auprès de l'OMC durant une dizaine d'années. «Mais il a une expérience d'une trentaine d'années dans la diplomatie commerciale au sein de plusieurs organisations, dont la Cnuced», explique Guillermo Valles, actuel ambassadeur d'Uruguay auprès de l'OMC. Lancée la première dans la course, la candidature uruguayenne s'enorgueillit de bénéficier de soutiens non seulement en Amérique du Sud, mais également en Afrique et en Asie. Selon le diplomate, le poste du prochain directeur de l'OMC doit revenir à un ressortissant du Sud parce que le cycle de Doha a comme principal objectif le développement du Sud.

Les Etats-Unis, l'Union européenne et le Japon, les trois puissances commerciales mondiales restent-elles hors jeu? Pas si sûr, même si l'Uruguayen Carlos Peres del Castillo et le Mauricien Jayen Cuttaree déclarent bénéficier d'une certaine sympathie, surtout à Washington. En Europe, les cartes sont plus brouillées. Bruxelles pourrait lancer son propre candidat dans la course en la personne de Pascal Lamy, le commissaire européen du Commerce sortant. A ce propos, des rumeurs contradictoires circulent. Membre du parti socialiste français, il ne recevrait pas la bénédiction indispensable du président Jacques Chirac. Des députés de droite ont même demandé à l'Elysée de s'opposer à la candidature de Pascal Lamy, l'accusant d'avoir sacrifié les intérêts des paysans français sur l'autel du libéralisme. L'intéressé lui-même dit à demi-mots que le poste ne le laisse pas indifférent.